PRÉVAL, MADAME DE ROSBELLE, ROLIN
ROLIN
Belle dame, je suis votre humble serviteur.
Bonjour, monsieur Rolin, bonjour.
ROLIN
Sur mon honneur.
Avoir autant d'esprit quand on est si jolie, C'est un scandale affreux.
MADAME DE ROSBELLE.
Venons, je VOUS supplie, A l'objet important qui vous amène ici.
ROLIN
Aux éloges pourquoi vous dérober ainsi?
Mais, avant tout, daignez agréer cet hommage.
( 11 lui présente quatre volumes élégamment reliés. )
ACTK I, SCÈNE VIII. 179
MADAMF. DE ROABRIXF.
Qa'ett-ce donc » s'il vouh plaît ?
ROMlf.
Votre premier ouvrage, Ijouiseet Ferdinand , cinquième édition.
MADAME DE ROSBEU E.
Ail! je vous sais bon gré de cette nttentiun.
ROMN.
J*ai fait, exprès pour vous, tirer cet exemplaire. Format, papier, gravure, enfin tout doit vous plaire; Je n'occupe jamais que des gens à talent.... En artistes, du moins.
Vous êtes trop galant.
I^ reliure est d'un goût, d'une magnificence!
( Elle donne les ItTre* k Préval , qui , après les avoir examina , les pose sur nne table. )
ROMN.
C'est un faible tribut de ma reconnaissance. Pour moi , votre roman est une mine d'or : J'en ai vendu cinq mille, on en demande encor.
MADAME DE ROSBELIE.
J'aime à voir qu'avec moi vous fassiez vos affaires.
ROLIN
Il est juste, en effet, que les pauvres libraires Trouvent de temps en temps à se dédommager ; Car tout n'est pas profit, on court plus d'un danger; Nos marcbés,bien souvent, ont de tristes issues. £t puis, tous ces auteurs sont autant de sangsues; De notre bénéfice ils pompent le plus clair.
Et bientôt avec nous voudront aller de pair.... Oui, madame, avec nous, nous qui les faisons vivre! Car, ainsi qu'un habit, nous commandons un livre; Et ces littérateurs, si vains et si jaloux. Ce sont des ouvriers qui travaillent pour nous; Pas autre chose.
MADAMi: DE ROSBELLK.
Oui-da?
ROLIN
J'en excepte les dames.
Le feu de leurs écrits est puisé dans leurs âmes ; De plaire, de charmer vous possédez le don.
MADAME DE ROSBELLE.
Mon cher monsieur Rolin , il est tard.
ROLIN
Ah! pardon!
En faveur du beau sexe alors qu'il faut des preuves. Oh! moi.... Mais il suffit, et voici vos épreuves.
MADAME DE ROSBELLE.
Est-ce tout ?
ROLIN
Mon Dieu , non : j'en suis désespéré.
Reste une feuille encor;maisje vous l'enverrai Par un de mes commis.
PRÉVAL
Non; de peur de surprise, Ou que votre commis fasse quelque méprise. Ce sera moi tantôt qui passerai chez vous.
MADAME DE ROSBELLE , à Préval.
Que de soins vous prenez!
ACTfc; I, M:ENh: viii. iai
Croyez (^u'iU me soiii iloux!