‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 105 sur 391 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LUDWIGU.

Oui, sachez seulement Que ce meurtre, sur moi, pesant incessamment, Je partis sans songer, hélas ! dans ma folie, Qu'il n'est nulle contrée où le crime s'oublie. Un colonel partait de Berne, en ce moment; Il allait à Paris joindre son régiment. Je le suivis; je lui rendis quelques services. Et, grâce à lui, j'entrai parmi les gardes suisses ; Tel que vous me voyez, j'assistais à ces jours Où tout Paris sur nous déchaîna ses faubourgs.

HUBEnT.

Au dix août ?

LUDWIGH.

Au dix août. Une terrible guerre!..

J'échappai cependant... mais vers une autre terre. Mon maître m'emmenant, le malheur m'y suivit ; C'était en Amérique; — une (ièvre me prit. Tous me fuyaient; lui seul, me prêtant assistance, Pauvre maître! voulut sauver mon existence; Il me soigna, mon mal le saisit, et ce fut La cause de sa perte. Il m'aimait, il mourut.

uEmnE. Il mourut ?

LUUWIGH.

Oui ; d'ailleurs, mieux qu'il n'aurait dû Pélre, Cette mort assura mon sort... j'eus de mon maître De grands biens. J'étais riche... heureux, non... car, hélas! Que peut toute richesse où le repos n'est pas ? HUBERT, bas, à Berthe qui s'occupe.

Tu l'entends.

LUDWIGH.

Mais toujours, détournant la souffrance.

Toujours plane sur nous l'aile de l'espérance. Une voix dans mes maux chantait, et cette voix Me parlait doucement des choses d'antrefois ; Et comme une rosée, en mon âme flétrie, Pleuvaieniles souvenirs de ma belle patrie.

130 LE VINGT-QLATRt; FÉVRIER.

Je revoyais ces monts que tout enfant j'aimais , Nos grands monts dont la neige argenté les sommets, Où pendent les glaçons, brillans comme des lances, Et qu'emplit le soleil de ses magnificences. Je revoyais nos lacs, si calmes et si l)eaux, (Jue Dieu, pour s'y mirer, sembla créer leurs eaux, Et des pâtres au loin la clochette argentine Errait encor pour moi de colline en colline; Et je prêtais l'oreille au bruit des chutes d'eaux. Et tout me disait : Viens, c'est là qu'est le repos. Reviens, quitte ces bords, enfant de nos montagnes. Le bonheur fleurira pour toi dans nos campagnes. Et je partis, le cœur plein encor du passé. — Me voici maintenant... ces monts que je laissai Maudit, je les revois, et dès demain j'espère, Fils pardonné, m'asseoir au foyer de mon père.

IIUnERT.

Il est donc ici près?

LUDWIGII.

Une lieue environ. ,

HUBERT

Ah!

LT3DWIGH.

Pulsse-t-il demain m'accorder mon pardon !

BERTIIE.

Vous l'aurez. — Le pardon est aisé quand on aime, Et notre flis l'eût eu, s'il avait fait de même.

IIUBERT, brusquement.

Pourquoi toujours ton fds?.. Comme toi je l'aimais. Mais, certes, plût à Dieu qu'il ne fût né jamais ! Le mal n'est pas, pour nous, sa mort, mais sa naissance. (Ludwigli se lève comme frappé de terreur.)

BERTHE

Qu'avez-vous donc, Monsieur ?

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