‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 152 sur 391 · ACTE 1, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE VIII

CULOTILDË , considérant les ciseaux avec épouvante. Quoi ? quel projet?

ARCADIUS

Celui De raser leurs neveux, grande reine, aujourd'hui.

CULOTILDË.

Oui ? mes enfans ! raser mes enfans! Sur mon âme ! Cela n'est pas.

AUCADIUS,

J'ai dit la vérité , Madame.

CULOTILDË.

Les raser! roi du ciel ! Quel monde est celui-ci!

AUCADILS.

J'attends votre réponse , ô reine.

CULOTILDË, avec emportement. Hors d'ici, Toi , lâche ! Ah ! c'est cela que Chlotaire... 0 parjure ! 0 traître ! leur ôter leur longue chevelure , Ce signe des aïeux , ce signe tout puissant Dont Dieu lesmanjua rois! — Eux ma race, eux mon sang! Les raser î Certe , il n'est qu'une main sacrilège Pour toucher à des fronts où la majesté siège! Qu'on me rende mes fils ! plutôt que détrônés , J'aimerais mieux les voir morts rois, comme ils sont nés.

ARCADirS.

Morts! —

(Tirant son épée , et d'une main la présentant par la poignée , tandis que de l'autre main il montre les ciseaux.) Donc vous choisissez l'épée. •— Ainsi soit faite Votre volonté , Reine ! — ( Il s'incline, dépose l'épée aux pieds de la Reine, et son à l'instant.)

Hoiii ! que dit-il? Arrête ! — Il est parti. — Courez. — Ramenez-le. —

(Ramassant Iciilomenl l'épée.) Toiirquoi

ISii CHLOTAIRE I.

Me laisser celte épée ?

(La laissant retomber.) Ayez pilié de moi , Seigneur Dieu î «ATHlI.DE , qui a été avec les autres femmes vers les portes qu'elles ont trouvé fermées , revient criant -.

Trahison!

CHLOTILDE.

Quoi!

BATIllLDE.

Tout fermé , Madame !

On ne peut plus sortir d'ici. — C'est quelque trame , Quelque œuvre du démon. — Voyez, voyez plutôt. CHLOTILDE , allant vers les deux portes et les secouant vivement.

Oh! les deux vautours! —

(Revenant sur le devant de la scène.) nien ! aucune issue. — Il faut Sortir d'ici, pourtant. — Qu'est-ce donc qu'ils vont faire De mes pauvres en fans? —

BATIIILDK , pleurant.

Hélas ! je n'ose guère Le prévoir h présent. — Pour étouffer leurs droits, On vous offrait le cloître, et vous avez fait choix....

CHLOTILDE.

J'ai fait choix?..

UATHILUE.

De leur mort. —

CHLOTILDE.

Leur mort! c'est impossible?

Leur mort ! Je n'ai pas dit celte parole horrible. Puis, d'ailleurs.... quel démon, quel être assez maudil?.. Leur mort! — Mais dis- moi donc que je ne l'ai pas dit.

nATMii.Di;.

Ma noble matiresse...

ACTIi I, SCÈNE IX. 195

CULOTILDE.

Hein!— Quel est ce bruit?— Écoute.

(Elle court à la porte latérale avec ses femmes; toutes se penchent et prêtent l'oreille.)

UATHILDE.

Peut-ètie que Von vient à leur aide.

CULOTILDE.

Ob ! sans doute !

Oui, c'est pour les sauver.— Grand Dieu ! ce sont des cris !

(Courant dans la chambre et se tordant les mains.) On les lue ! on les tue ! 6 mes enfans, mes flis ! — (Courant vers la muraille avec désespoir.)

Et ne pouvoir passer ! Rien ! rien ! partout Cblotaire ! Les hommes et les murs, ici, tout est de pierre ! — (Tombant graduellement sur ses genoux à mesure qu'elle parle.)

Oh ! mon Dieu ! je n'ai plus que toi ! pitié de nous! Pitié! — tout m'abandonne, et je tombe à genoux. Oh ! si jamais vers toi s'éleva ma prière , Épargne , épargne un peu la pauvre vieille mère , Qui sanglote, et prosterne ici ses cheveux blancs, Et s'écrie à tes pieds: Dieu! rends-moi mes enfans!

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