ACTE H, SCtNE X
Guénissez-uren , saidt prètro , Cette lèpre du cœur, faites-la disparaître; Vous le pouvez : pour moi , dites quelque oraison ; Imposez-moi vos mains, d'où descend le pardon: Que je sois pur devant le tribunal terrible !
CHLODOALU.
Vous, pur! vous, le complice !.. O souvenir horrible ! Tenez , ayez recours à quelque autre. Il pourra Vous absoudre peut-être , ot pour vous il prîra ; Mais, moi !.. Je le répète, ayez recours à d'autres.
CUILDEBEnr, se relevant d'un air sombre. Oui ! voilà donc pour moi quels secours sont les vôtres ! Merci, prêtre. Aussi bien , ma mère me l'a dit : Pleure et souflre. La grâce est fermée au maudit. Je suis damné.
CULOOOALD.
Damné ! — (Allant vers Cliildebert.)
Non, malheureux, espère, Implore Dieu : l'espoir est fils de la prière.
Cnil.DEDEnT.
Sais-tu comment les fils de Chlodomir sont morts?
CIILODOAI.D.
Oui, je le sais.
CIIILDEBEUT.
Comment puis-je prier, alors ?
Prêtre , vois-tu ces murs ? — C'est ici que deux crimes M'ont marqué pour l'enfer, — ici ! — Tendres victimes ! Deux, deux pauvres enfans, — tués là! — Dans mes bras L'un d'eux courut, et, moi, je ne le sauvai pas! L'innocent me criait: Défendez-moi, mon père! Et je fus sourd! — Comment veux-tu donc que j'espère? Prêtre, Dieu sera sourd. Dieu sera sans pitié! Nul ne prîra pour moi, (ju'ils ont en vain prié! Les saints crîront : Coupable! et l'Ange des colères Me précipitera! — Tu pleures!
21»> • (, m. 01. IRE I.
r.IltouoA*' , à part, pleurant.
0 mes frères !
CHJLDF.iilîRT.
Va , moi , j'ai bien pleuré. — Tu vois comme je suis. Si lu savais combien je souffre!., — Dans mes nuits. Pas de sommeil ; — le jour, pas de repos ; — sans cesse , L'horrible souvenir m'enveloppe et m'oppresse. Il siège à mes côtés , il m'escorte en tout lieu ; Je le trouve partout , entre mon âme et Dieu. El tu me viens parler d'espoir!
(Lui montrant une dalle.)
A cette place, Regarde, — c'est leur sang ! — tache que rien n'efface , Signe éternel du meurtre! Et le ciel sait, pourtant. Combien souvent ici, seul, et me lamentant, Je viens, lorsque tout dort, prosterné sur ces pierres , Pleurer ! et je demeure ainsi des nuits entières. i:t ce sang , sous mes pleurs il ne s'efface pas ! Non , pas plus que mes maux ne cessent. Mais, hélas! I,e jour venu , la tache alors paraît plus grande! Tandis qu'en mes douleurs, moi , loin que Dieu m'entende. Je reste encor plus seul et plus abandonné ! Kl tu me viens parler d'espoir ! — Je suis damné.
(Il tombe à terre dans le plus grand désespoir.) chlodoâld, se précipitant vers lui.
Eh bien ! non , eh bien ! non , cela n'est pas possible ! Le ciel ne peut pas être à ce point inflexible. Kon ; car ton repentir est trop grand, après tout; Car lu souffros , pauvre âme ! et la soullrance absout ; Car il ne se peut pas qu'ainsi tout l'abandonne , Kt Dieu doit pardonner, puisque je te pardonne.
ciiii.nKiiKRr.
Que dit-il?
CHLOnOALI).
Que les temps d'épreuve sont finis.
Ilomim*, j'ai panlonné ; prêlre, je te bénis!