‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 189 sur 391 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

A fuir!

(Se relevant soudain.)

Et pourquoi fuir?

Pour vivre, n'est-ce pas? Vivre, quand, prisonnière , Mon Halda, grâce à moi, touche à l'Iieurc dernière! Ah ! n'avoir pas prévu , misérable insensé ! Qu'à ce lâche Romain alors que je laissai Ma femme et mes enfans, lui, voyant ma défaite , Les pourrait vendre afin de racheter sa tcle ! N'avoir rien prévu , rien ; et penser , ô douleur ! Que seul j'aurai causé sa mort ! —

(Il retombe accablé, et la tèlc dans ses malus.)

OWEN

Mon cher Seigneur, Je sais combien ceci vous doit déchirer l'ùuie... cnitAMNE, l'inlerronipant brusquement.

Et comment le sais-tu, toi, qui n'as pas de femme?

Toi qui n'as pas aimé mon Ualda comme moi,

Comme moi qui la perds!.. Ah! lu peux vivre, toi!

Cet univers encore a de quoi te sourire.

Tu peux rentrer joyeux dans ta maison et dire :

Mon père , embrassez-moi , me voici de retour.

Mais, moi, pourquoi vivrais-je encor? pour que le jour ,

La nuit, tout rappelât à mon deuil solitaire.

Qu'un homme impitoyable , — et ce serait mon père , —

Lui que je ne pourrais pas maudire pourtant,

A mis dans le tombeau celle que j'aimais tant,

La mère de mes (ils, l'ange enlin (|ue je pleure!

Non , non , je le répète , il est temps que je meure.

(Dans ce moment , bruit lointain. Chramne se lève.) Kl tiens : ce bruit croissant qui s'approche ! — bientôt Les Francs viendront.

(Aux chefs bretons cl à Owen.) Vos mains, chers compagnons. 11 faut (A Owcn.) Nous quitter ici. Toi , lu sais que mon bcau-pcic

236 CHLOTAIRE 1.

M'attend dans Ille Sein. — Conduis-les tous. J'espère Qu'avec mille soldats qu'il doit encore avoir...

OWEN

Mille!

CUnÂMNE.

A peu près.

OWEN

Alors , pourquoi ce désespoir , Seigneur? à quel propos? Par le ciel , soyez homaic. Mourir pour votre Halda, c'est fort l)ien; mais, en somme, Tâchez donc que ce soit du moins utilement. Tâchez de la sauver.

CURAMNE

La sauver !

OWEN

Sûrement !

Que les Francs vont camper sur ces côtes, nul doute. De plus , vers l'île Sein. Seigneur , pour faire route. Que faut-il? un quart d'heure au plus , ayant bon vent. —

ClinAMNE.

Eh bien?

OWEN

Eh bien! alors, — mol, Breton, j'ai soincvit Chassé sur cette côte , et je connais la plage. — Ne peut-on pas, avec mille hommes de courage , Ceux du duc, revenir brusquement, et sans bruit, Le long de ces rochers abordant cette nuit...

CUUAMNE.

Surprendre les Francs !

OWEN

Ccrte.

CIIRAMNE.

En effet, et dans l'ombre, La nuit... si brnsquc attaque alors supplée au nombre... — Par la splendeur de Dieu! c'est parler en guerrier,

(Ramassant ses armes.)

Page 1