SCÈNE V
CHLOTAIRE , seul.
Que mes yeux m'aient trompé de la sorte !
— Cependant, si je vois cette torche là-bas ,
C'est qu'elle est réelle. Oui; mais, ne se peut il pas Qu'une idée où l'esprit va se plongeant sans irève , En vienne à nous sembler visible? dans un rêve, L'esprit seul voit. Pensez, de plus, à quelque absent, Ne voussemble-t-il point le voir en y pensant?
— Allons.
(Se dirigeant vers la torche et la prenant de la main gauche.) Prenons cela d'abord.
(Tirant son épée de la droite.) Toi, mon épée, Viens.
UÔ8 CHLOTAIRE I.
(S'apprctant à leiilrcr clans la cabane.) Et, de même eiicor, si ma vue est trompée , (Montrant son épée.) Voici du moins de quoi trancher l'illusion. C'est dit. J'y veux aller !
(Il liésilc quelques instaiis avant d'entrer , pâle, hérissé, effrayant, puis reculant avec un éclat terril)Ie.)
Kh bien ! non. Kh bien! non!
Je n'ose pas ! — (11 remet la torche en son lieu; puis, s'avançanl sur le (levant de la scène. ) 0 lâche! il est donc quelque chose Devant quoi j'en arrive à me dire : Je n'ose. Moi, que rien jusqu'ici n'avait fait reculer ; Moi qui me demandais comment on peut trembler, Ensuis-je venu là? Tremblé-je? Eh quoi! Chlotaire, Jette au loin, roi puissant, les yeux sur celte terre. Que vois-tu ? tes cités, tes peuples ! et plus près? Ton camp , tes bataillons invaincus, soldats prêts A remuer le monde avec toi! tous fidèles î Que crains-tu donc, 6 chef? ici, pas de rebelles! Pas un seul traître ! — Si. — Dans ma grandeur de roi. J'ai beau m'envelopper : — Les traîtres sont en moi. Et, sans doute, je suis maître de maint royaume, Oui ; mais non de mes yeux pour qui tout est fantôme ; Non de mes facultés d'entendre qui, la nuit. Pour moi transforment tout en lamentable bruit; Non de ma voix, enlin, confidente infidèle Qui, tout hauts'échappant en rêve, me révèle! Dieu juste! —
(Avec une ironie terrible. )
Ah ! es-tu roi, dis-tu ? ne l'es-tu point, Chlotaire? comment donc soulTres-tu qu'à ce point Tes organes alors te trahissent ? Sois maître , Menace ; prends ta hache afin do les soumettre ; N'est-ce pas ton moyen d'en finir avec tout? Oh ! de tout mon passé terrible contre-coup! Ainsi, moi que l'on vil pendant cinquante années