ACTE IV , SCÈNE VIII
Ah! fronce le sourcil, si lu veux : — Crois-tu donc, Quand je lis dans tes yeux qu'il n'est plus de pardon. Non pour moi, — qui voulais bien mourir, — mais pour elle. Pour mes chers fils, crois-tu queChramne, le rebelle. Comme on dit, veuille encor te donner le plaisir De voir ses pleurs? Non, non. Mais, avant de mourir , A toi, lâche oppresseur de l'enfance sacrée. Toi, ténébreux vampire, à la lèvre altérée. Rôdant la nuit autour des faibles au berceau, A toi, dis-je, je veux répéter de nouveau, — Puisque cela semblait t'offenser, misérable ! — Répéter qu'il n'est point d'opprobre comparable A l'horrible penser de se croire ton fils ! Que cela seul m'absout de tout ce que je fis; Et que, lorsque pour fuir un damnable divorce, Il me fallut couvrir mon honneur de ma force , Si quelquefois, pourtant, dans ce conflit fatal. J'ai craint; si quelque fois je nie suis dit : C'est mal; Du moins devant le ciel j'abjure ici ma crainte; Car envers les méchans toute révolte est sainte; Car un infâme, aussi dénaturé que toi , Est mis hors la nature et n'est père ni roi. L'épée, alors, le frappe à défaut de tonnerre. Et moi. Dieu! si j'avais vaincu dans cette guerre , J'aurais voulu, hâtant son supplice éternel. Foudroyer en ton nom cet ennemi du ciel! Oui, te faire un bûcher, démon, de ta puissance. Je t'ai manqué; triomphe en ta lâche vengeance. Du moins...
CULOTAIRE, dont l'exaspération est montée au comble, interrompant Chramne.
Du moins, ton roi ne te manquera point. Ah ! traître! J'ai voulu voir jusques à quel point Tu nous dévoilerais ton âme criminelle.
Et tu me dis , à moi, pernicieux rebelle, Que, vainqueur, tu m'aurais consumé dans les feux De ta révolte! Oh! bien!..
(Kaisant signe à îles soldats.)
Saisisscz-lcs tous deux.
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Les eiifans aussi. Puis, que dans quelque ciiaumièrc. Ils soient liés ensemble, et, pour justice entière. Tous brûlés. Oui, brûlés ! — Peine du talion , Cliramne. Sois consumé dans ta rébellion.
(A Ârcadius, qui a écouté tout ce qu! s'est dit avccrattcnlion la plus marquée.)
Arcadius, c'est toi que j'en charge.
CIIRAMNË, se tournant vers Arcadius.
Ah ! vipère , Es-tu là?
(Se voyant saisir par des soldais qu'Arcadius s'empresse de diriger du côté de la cabane d'IIaida.)
Comble ainsi tes crimes.
(Se retournant tout-à-coup vers Ciilotaire, d'une voix lente et grave. )
Toi, Chlotairc, Devant l'éternel juge, au revoir, dans un an.
(A Arcadius.) Toi, cette nuit.
ARCADIUS, le regarde un instant comme saisi d'élonncmcnt; puis, faisant signe aux soldats de l'entratncr. Fort bien. Venez, en attendant.
HALDA, qui a écouté tout ce qui précède avec une sorte de stupeur, se réveille tout-à-coup.
Venez, dit-il !
ARCADIUS, la prenant par le bras.
Allons, vous aussi. Le temps presse.
IIALDA, le repoussant avec iiorrcur.
Oscs-îu me toucher, toi, reptile?
cnLOTAIRE, à Arcadius.
Non. laisse.
Attends qu'elle pérore à son tour.
ARCADIUS, s'incline respectueusement, puis dit à part.
Aussi bien ,
ACTL IV, SŒAE Mil. 2J9
Chramiie seul m'inquièie ; HaUla, je n'en crains rien. Hâtons-nous.
IIALDA, le voyant qui se dispose à emmener Cliramne. Quoi! vont-ils?.. Que faut-ii que je fasse, Grand Dieu?
(Courant vers l'escorte qui emmène Cliramne.) Chramnc!..
(Cliramne son avec Arcadius et les soldats.) On l'entraîne !
(Courant se jeter aux pieds de Clilolairc.)
Oh! grâce! Seigneur, gract !
Oh! ne faites mourir que moi ! Vous le voyez : Je ne menace point, moi ! je suis à vos pieds. (Jrace! le feu. Seigneur, le feu! c'eslellroyable! D'ailleurs, vous l'avez dit, seule je fus coupable. Mais Chramne et mes cnfans, ô ciel ! tous trois brûlés ! Kst-ce que vous voudrez qu'on les brfdc? Parlez!...
BERTOALD.
Oui, parlez, cher Seigneur!
(Se jetant à ses pieds, ainsi que Théodoricet les autres soldats francs.) Grâce!
CIILOTAIRE.
Non. Qu'il périsse !
Il m'a par trop bravé! Non.
IIALDA, tombant de mCme à ses pieds, les soldats francs se relèvent.
0 dure justice!
Trop bravé ! mais ce fut par excès de douleur Qu'il vous brava ; ce fut pour ses enfaiis, Seigneur ; Pour eux seuls... Dans le fond , il se repent, vous aime. •S'il était là. Seigneur, il le dirait lui-même. Puis, mes pauvres enfans, après tout, qu'ont-ils fait? Ilélas! m'avoir pour mère est leur plus grand forfait. Oh ! de nouveau, du moins, mandez CInamne. Qu'il \ienno! Mes clicrs enfans aussi. Car, en t'Ilei, à peine —
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A peiiio, Ions les deux, si vous les avez vus; Kl quand vous les veirez! non, vous ne pourrez plus, Jamais vous ne pourrez, Seigneur, vouloir qu'ils meurent. — Enfin, ces nobles chefs, regardez-les : tous pleurent. Tous sont bons. — Serez-vous plus dur que vos soldats? Oh! grâce.
(Elle sanglote.)
CHLOTAIRE, d'une voix sourde.
Encore un coup , cela ne se peut pas ; Il faut un grand exemple.
HALDA.
Eh bien ! prenez ma vie.
CHLOTAIRE.
Eh ! crois-tu , pour si peu , nia colère assouvie ? Puis, sais-tu quelle mort je le puis réserver ?
IIA^LDA.
Qu'importe , si , par là , je les puis tous sauver ?
CIILOTAIRK.
Mais si quatre chevaux t'écartelaient ?
IIALDA, se relevant.
Qu'importe?
Appelle tes bourreaux , Chlolaire , je suis forte. Qu'ils viennent! — qu'à plaisir ils torturent mon corps! Si je puis à ce prix, au prix de mille morts , Sauver Chramne, sauver mes chers enfans, Chlotaire, Ordonne, et sois béni.
CULOTAIRK, se relevant, avec admiration.
Par rame de mon père !
Celle femme a vaincu! j'avais bien, jusqu'ici , Vu les faibles mourir , mais non mourir ainsi. Soyez sans crainte, Halda, sois sans crainte, ma fdie. Tu m'oflVais tout ton sang pour sauver ta famille ; Moi , je pardonne à tous. Car, par Dieu! pour souffrir. Ton courage est plus grand que le mien pour punir. Va donc porter sa grâce à mon fils , cl qu'il vienne.
ITALHA.
Oh ! vous êtes un dieu ! j'y cours et vous l'amène.
JlKUTOAI.n.
Oui, courons tous.