i CHLOTAIRE I
Avant que je les perde à jamais, que je meure, — Kl vous voyez : je n'ai plus de force , je pleure, — Oh! laissez-moi, du moins, — ne me refusez pas. Les embrasser encor.
CHLOTAIRK, d'une voix sombre, et avec un sourire amer. Tu les embrasseras.
HALDA, épouvantée.
Oui. Vous dites cela d'un ton... et ce sourire... Que veut dire ceci, grand Dieu ?
CHLOTAIRK.
Ceci veut dire Que c'est justice, alors qu'une plante nous nuit. D'en écraser la graine, Halda; que, chaque nuit. L'enfer ne viendra plus, du moins, avec menace, M 'annoncer les destins présagés à ta race , Et que, tranchant au vif l'arbre des trahisons, Moi, j'arracherai tout, racine et rejetons.
HALDA, avec une angoisse qui clierche à douter encore.
Ce qui m'annonce, 0 ciel...— Mais non, c'est trop horrible !
CIIRAMNE, à part, et qui écoute toujours, penché en avant, avec
une terril)le attente.
En effet, Dieu clément! cela n'est pas possible.
IIALDA.
Ce qui semble plutôt...— car je ne puis penser Que cela soit, cnlin ! — ce qui semble annoncer...
CHLOTAIRE.
Que tu n'as pas besoin de dire qu'il te semble ;
Mais que tous trois, dans peu, témoignerez ensemble,
Combien terriblement la justice des rois
Frappe...
CHRAMNE, se précipitant la liaclie levée, entre Clilotairc et Halda.
El celle de Dieu, vous l'oubliez, je crois! HALDA, le reconiiaissant, et courant ?! lui. Ciel! — Sauve nos onfans, Chramne.
ACTli IV , SCÈNK MIL 255
ClinAMKE.
Sois sans alaniios.
Riciagnc.àmoi!
itERTOALD, apparaissanl dans le fond du théâtre.
Qu'cnlcnds-je? Aux armes! Francs.aux armes!
(Il sort.) CIIRAMNE.
A moi, Bretagne! —
(Levant la haciie sur Chlotaire, qui le regarde immobile et comme pétrifié.) Ft loi, boinTcau (l'cnTans, déinoii...
IIALDA, le retenant.
Oh ! non. Arr(*te.
CIIRAM.XE.
Laisse.
1IAI.ua, s'atlacliant à lui.
11 est ton père. Non, Pas (le ta main.
cnLOTAIUE, toujours immobile, et comme se parlante lui même.
Ce (ils, contre toi, pour salaire.
Tournera le tranchant de sa hache. — 0 ma mère !
URi^TOALl) , reparaissant d'un cAté et parlant dans la coulisse. Accourez tous.
OWEN, paraissant de l'autre, et courant à Cliramnc.
Fuyons. Les lâches sont partis.
Tous sont en pleine mer, Seigneur, et nous, trahis. Fuyons.
^lîerloald, Tliéodoric, Arcadius et une fouie de soldais francs, les uns portant des torches.)
UKlvrOALO , saisissant Owen par le bras et le désarmant pendant que d'autres en font autant à Chramne. Si VOUS pouvez.
CIIRAMNE, désarmé, se retournant vers llaUla, pétrifiée.
Eh bien ! de ta faiblesse, llaiila, tu vois h\ suite.
250 CHLOTAIRE I.
(Lui monlranl Chlotairc.)
A ma main vengeresse Lors(iuo Dieu le livrait, loi, — tu retins mon hrasî Oui retiendra le sien contre nos fils? — Hélas ! 11 me faudra tous deux voir ce bourreau les prendre! Voir leur angoisse, hélas ! sans les pouvoir défendre ! Cher père, crîront-ils ! à l'aide ! Et moi pour eux. Moi, je ne pourrai rien. —
(Avec désespoir.)
Ah ! les voyant tous deux»
Les loups même, les loups, voyant leur doux visage» En auraient eu pitié!
(Montrant du doigt Chiotaire.)
Mais lui ! — fait à l'image.
Cependant, de ce Dieu mort autrefois pour nous, — Lui, ce Chiotaire!..
(S'adressaiu aux chefs francs, qui l'écoutcnt avec un clonnement inèiO de terreur.)
O vous, guerriers, dites-moi tous, Dites-moi s'il n'est pas bien singulier qu'en somme Il offre eiKore aux yeux le visage d'un homme , Lorsqu'il veut, ce démon! m'égorger mes enfans! Hé! que l'ont-ils donc fait ces pauvres innocens? Vois : sois content. Je pleure. Oui! mais rends-moi mes armes. Et tu verras quel sang je verse au lieu de larmes. Car , tu ne m'es plus rien, enfin ! et j'aime mieux, — Dût ceci l'offenser, ma mère, dans les cieux, — .l'aime encor mieux douter de ton honneur, ma mère , Que d'avoir à penser que cet homme est mon père !
IIALDA, voyant la figure de Chiotaire se contracter de coitre. Oh ! tais-toi. Doublement tu vas l'exaspérer. curv.vMNE.
Hé! je le snpplîrais, que pourrais-jc espérer? A-l-il quelque pitié pour nos douleurs ! Aucune. Il triomphe au milieu dos pleurs de l'infortune,
(A rhlotairc.)