ACTE V, SCÈNE II
Ce jour, vous le savez, contient ranniversaire.
Aussi, plein liier soir de celle idée aojère,
Et songeant que, d'ailleurs, conviennent mieux aux morts.
Les fleurs sur qui pleura la froide nuit, alors,
Dans l'ombre et l'herbe humide, à l'heure où tout repose ,
J'ai cueilli celles-ci pour vous ,
(Détachant du bouquet les fleurs une à une.)
La primerose.
Oui , lorsque je la pris dans ma main , y pencha Moins de grâces que vous quand la mort vous toucha ; Puis , rappelant vos yeux si doux , flétris si vite , Le bluet, fleur d'azur comme eux; la marguerite Qui , de même, rappelle, en sa blanche fraîcheur. Votre ame et voire corps aussi , double blancheur. Toute ma jeune ofl'rande, enfin, frêle assemblage De grâce et de rosée, oltranl en soi l'image De votre souvenir, charmant comme ces fleurs, Et comme elles, hélas! baigné de tristes pleurs.
(11 répand les fleurs sur la tombe, s'agenouille c( prie.)
SCÈNK II.
CHLODOALD, HALDA, paie, vieillie, tout en noir, acoonipagnéc de quelques Francs et d'une de ses femmes.
IIALUA, à ceux de sa suite, en leur montrant Chlodoald. Je l'aperçois qui prie. Éloignez-vous.
(La suite d'Haida sort; alors, Halda s'approche de Chlodoal<l toujours îi genoux.)
Bon père , Pardon si j'interromps ainsi votre prière ;
(Clilodoald se relève.) Mais avant que la mort vienne, mon seul espoir! Une seconde fois, j'ai voulu vous revoir.
cili.ODOALD, étonné et ne reconnaissant pas Ilahla. Me revoir !
264 CHLOTAlllt: I.
IIALDA.
Oui. Ce mot vous étonne , peut-être.
Vous avez , n'est-ce pas, peine à me reconnaître. Je le conçois. Mon Chramne et mes enfans vivraient, C'est à peine, à présent, s'ils me reconnaîtraient.
CHLODOALD.
Chramne ! En effet. Grand Dieu ! plus je la considère... Vous , la noble Halda !
HALDA.
Moi. Mais pas ce nom. Naguère, Lorsqu'ainsi me nommait mon Chramne , quand j'avais Deux tendres bien-aimés, enfans dont je pouvais. Tout en leur prodiguant mes soins et ma tendresse , Espérer voir plus tard la robuste jeunesse. Et penser que du moins, moi morte, tous les deux , Long-temps encor, d'Halda, reparleraient entre eux. Oh ! alors, ce nom-là, nom d'épouse et de mère, J'aimais à l'entendre, oui. Mais à présent, mon père. Pourquoi me nommez-vous encore ainsi ? Pourquoi? Celle dont vous parlez , d'ailleurs, est-ce bien moi ? Voyez : on la disait, celte Halda, jeune et belle ; Est-ce que ma présence en rien vous la rappelle ? Hélas! je ne vivais que par mes chers enfans. Par mon cher Chramne. Aussi, qu'ai-je encor des vivans? Contemplez ces yeux creux, cette prunelle éteinte; Je ne suis plus qu'une ombre, un vain souille, une plainte Sans cesse errant autour d'un amer souvenir. Vous frémissez, mon père, et je vous vois pâlir. N'est-ce pas? c'est horrible, enfin ! et vous, bon prêtre, Vous, tout-puissant, dit-on, auprès du divin maître. Ah! du moins, obtenez, lasse de tant souffrir. Que je puisse, mon père, achever de mourir.
CHLODOALD.
Ne dites pas ce mot, — car Dieu , qui voit mon âme , M'est témoin... mais d'abord, — à peine, pauvre femme, Si vous semblez pouvoir rester debout ainsi. Je vous prie, un instant, reposez-vous ici.
([.ni iiuli(iiianl im siifjc de gazon.)