‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 281 sur 391 · ACTE IV , SCKNE X · texte numérisé non relu

ACTE IV , SCKNE X

Ce soir, je veux le faire échapper de prison , D'un supplice certain je veux sauver sa tête...

EDMA.

Eh bien? Seigneur...

Eh bien ! celte offre, il la rejette.

Il demande la mort... que sais-je? il perd l'esprit. Voyez...

(Pendant ce qui suit, il marciie ou s'arrête, selon qu'il est plus ou moins frappé par ce qu'il entend.)

EDMA..

Grand Dieu! Randolph... croirai-je ce qu'il dit Tu demandes la mort?

RANDOLPH

Je demande justice.

EDMA.

Tu refuses, dit-il , d'échapper au supplice ?

RANDOLPH

Je refuse de fuir, moi , né comte et seigneur, Pour renouveler bail avec le déshonneur.

EDMA.

Mais, que peux-tu gagner, t'obstiuant de la sorte?

RANDOLPH

D'être par lui jugé...

EDMA.

Condannié!

RANDOLPH

Que m'importe?

En serai je moins mort, vivant ainsi llétri ? J'aime mieux l'échafaud qu'un pareil pilori. Vivre en un tel exil , Edma , ce n'est pas vivre.

EDMA.

Pour toi!,, mais moi , du moins, moi j'aurais pu t'y su ivre. Et Randolph ne peut-il , se laissant émouvoir, Fuir du moins pour Edma ?

:5(;'> i.'HftniTA(;K m mal.

Je voudrais le pouvoir.

Mais, pour me l)ien montrer ce qu'il faut que je fat^sc. Dans moi parle trop liaut tout i'iionneur de ma race , Honneur de trois cenis ans , le sien coinme le mien ; Honneur dont mes aïeux ni 'ont élu le gardien; Au(|uel je dois ma force et mon sany;, qui m'ordonne De ne le point laisser IhUrir en ma personne. Et de tout faire enfin pour qu'on sache en tous lieux Qu'il n'est point de tel crime après de tels aïeux! Voilà ce que je tente, et pourquoi je demeure, Pourquoi je veux lutter. Et s'il faut que je meure. S'il me faut, malgré tout, cheoir sur un échafaud. Je dirai , mes aïeux, que , lorsque de si haut, Sapé par lesméchans, voire antique honneur tombe. Ce n'est pas trop de moi pour lui servir de tombe. Cesse donc, mon Edma , sur ce point d'insiNter. Je le répète oncor : je dois... je veux rester.

HOMA.

Tu le veux.

UA.M)0l.l'ir.

11 le faut.

11 faut donc que je pleure , Quand mon époux, ainsi, touche à sa dernière heure ! Et pourtant je voudrais te faire concevoir Qu'à l'honneur de son nom quoi qu'on puisse devoir. On se doit bien autant à celle que l'on aime; Que t'exposer ainsi , c'est m'exposer moi-même , C'est me frapper en loi, Randolph, et sans pitié Sacrifier d'Edma la plus chère moitié ! Songe-s-y, — Songe aussi , faibles coinme nous sommes, Que nous, nous n'avons pas le courage des hommes; Puis, qu'un noble péril nous prenne nos époux, l,a gloire en est pour eux, mais la douleur pour nous. El si mourir n'a rien dont ton âme s'émeuve ,

(Se jelanl à ses pieds.) Vis du moins pour l'épduse, en songeant à la veuve.

ACTt IV, SCÈNt: X. 365

i-'KRGl's , s'avaucant.

Oui, priez-le, Madame; et moi, Rundolpli, et luo'i. S'il faut que je m'abaisse à mon tour devant toi , S'il faut , pour te sauver, me joindre à ses prières. Au nom de mes grandeurs, pires que tes misères. De mon cœur dévasté, de mon repos détruit. De ces cheveux , enfin , i)lnnri)is dans une nuit , Surtout, Randolph, au nom d'une épouse chrétienne. i;t dont l'amour, crois-moi, vaut bien que l'on y tienne. Au nom de ton l^dma, moi , maître de ton sort. Moi qui peux d'un seul mot l'envoyer à la mort , Devant ta volonté , Randolph, je m'humilie: Vis pour elle ; à les pieds , c'est moi qui t'en supplie.

(Il fléchit le genou.) HANDOLPII.

Fergus, relevez- vous. C'est en vain me prier... Edma relève-toi. Quand l'unixers entier Serait là suppliant, je dois rester, je reste.

(A Edma.) Non sans combats pour toi , cependant, j'en alleste Tes pleurs, Edma.

(A Fergus.)

Non pas sans estime pour vous; Non sans penser, voyant Fergus à mes genoux . Que, d'un bien mal acquis, héritier solidaire, Fergus n'était point fait pour avoir un tel père; Mais enfin, je l'ai dit : Randolph, do son honneur. Ne saurait dévier... Prenez parti. Seigneur... Flétrissez votre père ou voire consciente. Choisissez : moi , je vais attendre ma sentence,

EDMA.

Et moi , prier !

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