SCENE II
Les Mêmes, RANDOLPII, pâle, cxiénué.
HANDOMMI.
De iiuiulolpb, en effet.
PKncus, reculant stupéfait.
Dieu ! Raiulolpli!
RANUOLPU.
Oui, Kcfjïus.
Lui-uième! cl qui revient! et qu'on ii'attcnduit plus! Que (lis-tu (lu retour ? Kt vous, que vous en seml)le ? Pardieu! je suis content de vous trouver ensemble. Seigneurs; car, ce qu'ici je vais vous raconter. Certes, vaut bien que tous vous daigniez m'écouter. Écoutez donc ; pesez la cbose avec justice; Kl, libre après à vous d'ordonner mon supplice... Ainsi, sachez qu'hier Fergus me lit mander. Moi, parricide, ollrant de me faire évader.
BERTnVM.
Évader !
KANDOLPII.
Oui, Seigneurs. Sachant mon innocence, On voulait, de la sorte, éluder ma sentence. Si bien (pi'à mon honneur je dus de refuser Ce qu'à mou innocence on osait proposer. Mais, ce n'est rien encor; prêtez, prêtez l'oreille : Car, m'endormant captif, voici, quand je m'éveille, — Je ne vous dirai point les détours que l'on prit. Comment profondément, sans doute, on m'endormit, — Voici que je me trouve étendu sur la terre. Plus de prison pour moi; mais, un lieu solitaire. Un vallon; puis, ma femme assise à mes côtés; Huit ou dix de ses gens près de nous arrêtés; Tout autour , de grands bois, et dans les cieux , raiirorc.
Je m'étonnai, je crus que je dormais encore. Non, je ne dormais point. On m'avait enlevé. Forcément, dans la nuit. J'étais, j'étais sauvé ! Détestable salut ! prison d'ignominie.
Que sur moi pour toujours fermait la félonie ! Exécrable pitié, qui me tuant bien mieux. Souillait ainsi dans moi, le blason des aïeux, Et, monstrueux prodige, en cet arbre de gloire. Gomme une branche infecte, y laissait ma mémoire ! Aussi, dans mon esprit, quand j'eus deviné tout. Oh ! comme alors je pris mon parti tout-à-coup î Vainement, mon Edma, forte dans sa faiblesse. M'opposait et ses pleurs et toute sa tendresse; Vainement ses varlets me barraient le chemin ; Je me fis jour entre eux, une épée à la main. Rien ne put m'arrêter, prière ni menace; Et rehaussant mon âme aux grandeurs de ma race. Fort de tous mes aïeux qui me criaient d'en haut: Pars pour reconquérir l'honneur ou l'échafaud ! Je retournai, fuyant sans qu'aucun me pût suivre. Oui, fuyant pour mourir, comme d'autres pour vivre. Pour mourir ! si pourtant, Messeigneurs, vous pouvez Me condamner, sachant tout ce que vous savez. Enfin, jugez. Qu'ici votre équité décide : Fergus m'olfre de fuir; et moi, le parricide. Je refuse. Il me fait enlever; je reviens... Jugez entre nous deux, gentilshommes chrétiens!..
(Silence.) BERTRAM, à Fergus.
Comte.
FERGUS
Eh bien !
UKRTRAM.
Ce silence étonne tout le monde.
Répondez.
FERGUS, se levant tout troublé.
Que veut-on, mon Dieu, que je réponde?
Je ne sais où cet homme a icvé ce qu'il dit.