ACTE II, SCÈNE XI, [\l
Comme tout autre eût (ait, pris la roule ordinaire? Voyons , — c'est donc le seul amour du merveilleux? RICHARD, qui a pris la main de Marie derrière le paravent, répond en la regardant tendrement.
Appellet-on ainsi l'amour de deux beaux yeux!..
(Plus bas.) 0 Marie!
MARIK, bas.
Oui, les siens.
RICHARD, bas.
Ah!..
MILADY, relevant la téta de dessus sa broderie. Réponse galante, Sans doute, —mais que moi, femme, je m'en contente. Vous ne le croyez pas.
RICHARD, tenant toujours la main de Marie, et regardant elle
ou Milady, suivant que cette dernière baisse les yeux sur sa
broderie ou le regarde.
Eh bien ! puisque autrement Il me faut expliquer; qu'on veut absolument Douter du but que seul mon espoir se propose, Ma bouche redira ce qui seul en est cause. Ma conduite vous doit, je le sais, étonner; Mais voyant tant d'amour, il la faut pardonner. Et ce pardon charmant que ma bouche réclame , Je l'aurais si vos yeux pouvaient lire en mon âme. S'ils savaient que de jours dans les soupirs passés . Et dans les longues nuits combien de pleurs versés. Quand croyant toujours voir voire image adorée, J'y lançais les baisers de ma lèvre altérée, Kt qu'ivre alors d'amour, et vous tendant les bras. Je disais votre nom , vous appelant lout bas ! €erte, un pareil tableau chasserait votre crainte : Tel amour, diriez-vous, ne peut èlre une feinte. Et m'absolvant d'un rôle assez étrange en soi , Vous diriez : S'il le fait, après tout , c'est pour moi !
MII.ADV.
Aussi demeurons-nous, vous voyez, bouche close. Lorsqu'on plaide aussi bien, on doit gagner sa cause.
/l2 LE MÉNESTBEL.
lUCUARO, regardant Marie teuUremenl.
L'ai-je gagnée ?
MARIE, bas.
Oh ! oui !
MILADY
Chut! mon époux.
(Loys et le Gouverneur s'avancent vers la table. — Milord s'arrête un instant, semblant écouter un bruit dans la galerie , puis revenant vers Loys qui cherche parmi plusieurs papiers.) LE GOUVERNEUR.
Eh bien ?
LOYS
Aliendez, — j'en ai tant...
MILADY, à Loys.
Que chercîiez-vous ?
LOYS
Moi, rien...
Mais encor...
LOYS
Quelques vers faits en forme de lettre Qu'au goût de monseigneur je désire soumettre.
LE GOUVERNEUR
Rien de plus, Milady.
MILADY
Fort bien. — Un billet doux.
Et pour qui sont-ils faits ces vers ? — Lisez-les-nous. (En disant ces derniers mots elle se lève et lit sur le papier que
Loys a enfin trouvé.) « A Paquette. »
(Se rasseyant.) J'entends — notre cabaretière. — Vous devez bien parler sur pareille matière. —
LOYS
Moi, Milady — Pourquoi ?
MILADY
Mou Dieu ! — Ton vous connaît.
JN'éliez-vous pas son hôte ? — On sait ce qu'il en csl.
A(;TE II , SCÈNE XII. iS
l.E GOUVERNEUB, DialicieuseineiU.
Eh! sans doule,— on sait tout.— La femme de Grégoire
(Bas.) Te plaît fort, on le sait. — Il faut lui faire accroire...
LOYS, bas, à Milord.
Gomme vous la trompez, pauvre femme !
LE GOUVERNEUR, toujours avec malice.
A quoi hou T'en cacher plus long-temps? — Ma femme, bon fripon,
(11 rit.) (Il rit.) (11 rll.)
A vu du premier coup... ce que cela veut dire.
MILADY
Sans doute, je l'ai vu! — Qu'avez-vous donc à rire?
LE GOUVERNEUR, riant plus fort.
Ce que j'ai ! — rien. — Je pense à ces pauvres maris.
(Il rit.) (Il rit.)
Et si je ris, eh bien !.. c'est parce que je ris.
LOYS, riant aussi.
Bien, Milord.
MILADY, riant à son tour.
Rions donc, — car, des choses plaisantes , (A Richard.) Il s'en passe, en eflct — hein?
RICHARD, qui vient de baiser ta main de Marie , qui s'enfuit dans ce moment.
Fort divertissantes, Milady.