JEAN SOCRATE
Tant qu'il vous plaira, mon oncle. Il n'en est pas moins vrai que cela seul réussit à présent. Ainsi, au commencement de ce chapitre se trouvent, sur le caractère de mon héros, certaines réflexions assez justes, suivies d'une description du printemps assez bien tournée. Pensez- vous qu'à quelques exceptions près ces choses soient bien goûtées des lecteurs? En aucune sorte. Cela n'est que pensé et écrit. La gaîté même de Trombard, ne paraissant que comique , touchera médiocrement. Mais, arrivct-on à celle simple petite phrase : « Tout-à-coup, un homme, etc.» A la bonne heure! voilà qui est bon, qui est beau, qui est excellent! In homme! quel est cet homme? Des fleurets! à quoi bon ces fleurets ? Et cela se lit, se dévore! Bref, mou oncle, pas de succès possible autrement. En voulez-vous une preuve? Consultez (pielque grand journal où se publient des romans sous ta forme d'une suite de fcuillcions : comment s'y
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Or, quel élait ce brusque visiteur? c'est ce que l'on saura, pour peu qu'on veuille passer au chapitre qui va suivre.
lermlnc chaque feuilleton ? Par quelque phrase dans ce goût : •A ce moment, la feneire se brise, et un inconnu bondit dans la chambre! » Ou bien : « Ainsi parlait Fernando, lorsqu'une soudaine explosion se fit entendre dans le chemin creux. » Ou bien encore: «Et alors un rire sardonique retentit derrière la colline.» Voyez, mon oncle. Eh! mon Dieu! la vogue d'un roman ne se fonde pas sur autre chose; que cela soit ensuite plus ou moins goth ou français, qu'importe? Il suffit qu'il s'y rencontre çà et là nombre de petites phrases comme celles que j'ai désignées; voilà tout. Aussi, ne serals-je point étonné, mon oncle, qu'on en arrivât peu à peu à suspendre l'intérêt plus adroitement encore, en mettant à la fin d'un feuilleton : « Et alors retentit un sourire sardo... » Puis, dans le numéro suivant : « nique derrière la colline. » Ce qui, selon moi, serait un grand progrès, et bien fait pour captiver la curiosité des lecteurs littéraires et intelligens.
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