‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 95 sur 391 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BRRTHE, seule.

Onze heutesde la nuit! — et rien ! — personne encore !

Hubert m'a cependant quittée avant l'aurore,

Et même bien avant. — L'aube, sur le Gemmi,

N'en blanchissait encor le sommet qu'à demi.

Pourvu qu'aucun malheur... Celte attente est terrible.

Quelqu'un!.. Non, c'est le vent. Quelle tempête horrible!

L'esprit du tourbillon fait éclater son vol

Comme s'il soulevait tous nos monts sur le sol.

Tout tremble. — L'on dirait que la maison chancelle;

On dirait que l'esprit, l'emportant sur son aile.

Va la lancer au loin comme un frêle roseau...

Oui, comme Hubert jadis a lancé le couteau...

Car c'était à cette heure, à l'heure où tout sommeille.

Le soir, en février, par une nuil pareille. —

Nuit terrible!.. A quoi donc vais-je m'arrêter là?

* Beprcsenté, pour la première fois, sur le théâtre de la Renaissance, le samedi 30 mars 1R3 9.

110 Llî VINGT-QLATHL lÉVRlER.

Voici déjà pourtant bien long-temps de cela.

Mais, c'est plus fort que moi. — Cette sombre pensée

Tinte comme une cloche, en mon âme glacée,

De loin en loin... toujours! Tous mes membres sont froids.

J\ii faim... je me sens mal... Et pas un brin de bois,

Pas de pain! rien, ici, que douleur et misère !

Et lui qui ne vient pas!.. J'ai peur... mon cœur se serre.

Mon Dieu! mon Dieu! ta main ne peut-elle, un moment,

S'appesantir sur nous, mon Dieu, moins lourdement?

Dans les champs du péché, quand ta colère sème,

De tes commanderaens. Seigneur, le quatrième

Est donc 1(^ plus fatal ! Hélas! depuis l'instant

Où le pâle vieillard mourut en maudissant.

Le malheur s'est assis au foyer de nos pères ;

La mort nous enfanta la mort. — Les autres mères

Ont leurs lils... mais le mien, qui tout enfant a fui,

La malédiction rejaillissait sur lui.

Maudit par le maudit, fratricide sans l'être,

Il est mort sans revoir les monts qui l'ont vu naître.

Il ne reviendra plus... et nourris de mes pleurs.

Mes enfans, désormais, ce seront mes douleurs...

(On frappe à la fenêlre.) On frappe à ce carreau !.. C'est mon mari peut-être. Oh ! Dieu ! c'est un hibou qui heurte à la fenêtre, S'y blottissant pour fuir l'orage du dehors. Le hibou vient, dit-on, sur la maison des morts. Que vient-il faire ici?.. Va-t'en!.. Tout m'épouvante. Voyons, je veux chanter... Que faut-il que je chante ?

(On frappe à la porte. Berlhe allant ouvrir.) On frappe, pour le coup.

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