‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 96 sur 391 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BERTHE, HUBERT, son baiomlc voyagea la main, sa lampe presque éteinte . tout couvert de neige.

hertuf..

Comme tu rentres tard !

SCÈNL 11. 111

Et si pâle!— Qu'as- 1"^

Moi ?

UEBTIIE.

Cet œil tout hagard...

Que l^est-il arrivé?

IIUBEIVr.

nieii, mais je suis de glace.

(FrissonnaïU.) Oli! je me sens gelé ; — fais du feu.

UEnTIIE.

Que j'en fasse !

Avec quoi donc?

iiuuEnr.

C'est vrai. — Berihe, réjouis-loi!

DEnniE.

Me réjouir, dis-tu? Pourquoi cela?

Pourquoi ?

Tiens, lis..,

(H lui remet un papier; pendant que Hcrtlic l'ouvre et lïi «les yeux, Hubert continue. ) L'incertitude est, dit-on, un supplice, Eh bien ! il faut alors que l'on se réjouisse Lorsqu'on sait, comme nous, son sort bien arrêté. Tu vois, nous n'aurons plus l'esprit irH|uiéti' ; Chacun de nous, ce soir, peut s'endormir tranquille. As-tu lu ?

OKKTllE, avec un désespoir profond.

Juste ciel ! où trouver un asile Maintenant?

iiuiiEnr.

Comment, où?.. Tu n'as donc pas tout \u . Ce paternel arrêt a cependant pourvu A nous en trouver un. Tiens, lis cela, regarde ; Vois-tu clair?.. A la tour, à la tour, où l'on garde Les voleurs, les bandits, et ceux qui. comme nous.

N'ont pas de quoi payer. —Crime plus grand que tous.

BERTHE

Nous, h la tour!

HUBERT

Sans doute; et n'est-ce pas justice?

Penses-tu qu'en vendant notre baraque ou puisse. De ce que nous devons, payer même le quart?

BERTIIE.

Demain matin, chassés!..

Oui , demain, pas plus tard.

BERTHE

Mais, Lugger, tu n'as donc, pour dernière ressource, Pas pu fléchir son cœur?

HUBERT

Son cœur est dans sa bourse.

Fléchir ce lingot d'or !.. Lugger !.. un créancier ! Mon souffle, tout autant, pourrait fondre un glacier ! C'est un bo.i me, vois-tu? qui veut que l'on le paie. Il mettrait, s'il pouvait, notre sang en monnaie. J'ai prié, supplié, pleuré,— tout vainement. Je ne lui demandais que dix jours seulement, — Cin;| jours même !.. cinq jours pour compléter la somme» Je ne les ai pas eus. — Ah! je ne suis qu'un homme, Mais, si je le tenais, — j'en atteste l'enfer. Je l'écraserais là, sous mes pieds, comme un ver !

BERTHE

Mais, nos parens, du moins, sachant notre détresse. Ne nous laisseront pas...

HUBERT

Fux! l'infernale espèce!

Un parent, c'est celui qui déchire en premier, Comme aussi, par revanche, il vous aide en dernier.

BERTHE

Eux pour qui notre main s'ouvrit si secourable , Eux qu'on voyait toujours assis à noire table, Qui nous juraient alors si grande alVection...

SCtNE IL ils

HUBERT

Paroles ! goût du vin , lierthe, digestion.

Ils étaient nos païens pour manger et pour jjoire.

Depuis quand restoniac a-t-il de la mémoire?

BERTHE

Et lu n'apportes rien ?

IIUnERT.

Cette moitié de pain.

Kurtzmann sait, comme nous, ce que c'est que la fuiar. Mendiant, il n'avait qu'un pain, dans sa misère, Et sa main m'en rompit la moitié, comme un frère.

BEHTHE.

El demain?

IIUUERT baisse la tête en silence, puis, lui prenant la main.

Que te semble, après de longs efforts.

D'un homme qui, jeté sur quelque mer sans bords. Voyant qu'en vain sa force à lutter se déploie, Lassé, ferme les yeux, s'abandonne et se noie.

herthe.

Ah! pourquoi me liens-tu de semblables discours?

HUBERT

Parce que je suis las de voir ainsi mes jours Se tourner contre moi (le|)uis la mort du père. La pauvreté, vois-lu? c'est un drap mortuaire. Mort parmi les vivans, le pauvre est toujours seul, El mourir, en ce cas, c'est changer de linceul.

IIERTIIE.

Tu parles de mourir ; mais la mort, c'est ma perte !

HUBERT, avec une tristesse calme.

Le maudit est matidit!.. Laisse-moi mourir, lîerthc.

BERTHE

Maudit!.. Mais de plus grands pécheurs furent absous^. Le Sauveur n'a-t-il pas versé son sang pour tous? Mourir! ah! si iu n'as flulle piiié dans l'aine De me laisser ainsi, m(ti, pauvre et faible femmc^

lia LE VINGT QlATRIi lÈVlUER.

Ah! songe du moins, songe à la damnation Qui jaillirait pour toi d'une telle action. Epoux, c'est me tuer; homme, c'est une honte! Mais, chrétien, c'est un crime, et Dieu t'en tiendrait compte. Tu n'as pas droit, Hubert, de t'arracher au sort; Dieu seul nous doit ouvrir les portes de la mort. Dieu seul!.. Prions-le donc. Que sa bonté divine Fasse luire en ton âme un jour qui t'illumine. Prions, Hubert, prions.

HUBERT

Crois-tu donc, en effet.

Que se donner la mort soit un si grand forfait ?

BERTHE

Oh ! le plus grand de tous !

HUBERT, profondément absorbé.

Et pourtant c'est terrible De voir...

{Avec douleur.)

Oh ! Berthe l Berthe ! oh ! Dieu !

BEUTHË, lui donnant une Bible.

Prends celle Bible, Prends, et prions ensemble.

HUBERT, la prenant.

Oui, je veux essayer; Depuis sa mort, vois- tu? je n'osais plus prier. Essayons.

(Il ouvre sa Bible; un papier en tombe.)

BERTHE

Qu'est-ce donc qui tombe là?

HUBERT

Ramasse.

BERTHE, le ramassant.

C'est un papier écrit.

HUBERT, le prenant.

Voyons.

(Il lit.)

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