Oeuvres dramatiques de J.W. Goethe
Les nations commencent d'ordinaire par avoir un théâtre original^ bon ou mauvais, que plus tard , selon le caprice des ëvénemens ou le génie de chacune d'elles^ les unes conservent dans sa forme primitive , les autres modifient plus ou moins, que d'autres enfin abjurent entièrement. La nation allemande a suivi une marche toute contraire. Ayant débuté par Tesclavage^ elle a fini par l'indépendance; et après avoir imité d'instinct, elle a choisi l'originalité. On cherche en vain chez elle un âge d'innocence ; elle n'a point connu l'enfance de Fart : sa poésie ch^amatique , née d'hier, est née vieille, parce que l'on sent qu'il y a une poétic[ue derrière cette poésie prétendue naïve.
Un tel mouvement de l'esprit humain^ lors qu'on refuserait d'admirer ce qu'il a produit, est en lui-même assez curieux pour valoir qu'on l'étudié. Nous croyons donc rendre un service, sinon à notre littérature, à nos littérateurs du moins, en les mettant à portée de faire connaissance avec l'homme illustre qui a
créé ce'mouvemcnt, et y a pris la pari la pins grande après Schiller, dont, grâce à M. de Barante , l'œuvre est déjà dans leurs mains. Les deux principales colonnes de la scène allemande pourront être maintenant placées en face l'une de lautre, et comparées entreelles.
On va dire qu'il est fâcheux pourGoethe, que l'interprète de sou rival n'ait pas été le sien. L'auteur de la Notice sur sa vie et ses ouvrages sent mieux que personne combien, en effets toute comparaison de notre traduction avec celle de Schiller nous serait défavorable ; aussi tient-il à n'en prendre que sa part légitime , en ne s'avouant ici responsable que de trois pièces seulement : Le Comte (V Eginont ^ Gœtz de Berlicliingert et le Docteur Paust.
On verra, dans cette Notice ^qyie nous avons exclu de notre recueil les pièces de circonstances, opéras, églogues dramatiques et autres bagatelles qui eussent grossi le théâtre de Goethe sans le rendre plus complet, dans le sens raisonnable du mot. C'eut été mal servir notre auteur et le public , que de tout traduire ; et nous les respections trop , pour risquer ainsi de fatiguer l'un aux dépends de la gloire de l'autre.