‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 111 sur 221 · ACTE IV, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII

j'aurais pris contre lui leur défense. Je comprends maintenant, belle trompeuse, pourquoi tu ne me voulais voir que demain matin. Certainement , il lui était connu que le marquis doit partir cette nuit j mais elle ne songeait pas qu'il /la forcerait de le suivre. Elle croyait sans doute que l'amour de celuici pour elle était épuisé, comme le sien pour lui. L'horrible femme l quelle naïveté d'hypociisie î — Placée devant nous comme un esprit céleste, les plus pures inspirations semblaient sortir de sa bouche , tandis que , dégoûtée d'un amant , elle songeait à se pourvoir d'un nouveau , et qu'au moyen d'un tableau prétendu magique , elle insultait impunément ceux qui l'adoraient comme un être divin. Comment dois-je ajuster tout ce que j'ai entendu ? que dois-je faire ? Le comte et la marquise trament la fourberie la plus inouie. Pour mettre à fin leur plan, ils osent compromettre le nom d'une excellente princesse, et même contrefaire sa figure dans cette farce hideuse. Tôt ou tard cette trame se découvrira , et quelle que soit l'issue de l'affaire, elle ne peut être que désagréable au prince et à la princesse. La circonstance repousse tout délai. — Dois-je de ce pas aller dessiller les yeux du chanoine ? peut-être est-il encore possible de le sauver. Le collier est morcelé ; mais le marquis est encore ici ; on peut les arrêter , leur enlever le bijou, confondre les fourbes, et les chasser en silence. — C'est bien j j'y vais. — Mais, un instant. — Ferai-je cela pour ce politique froid et intéressé.^

Il me remerciera, et pour l'avoir délivré d'un imminent danger, il me promettra sa protection , m'assurera une charge considérable aussitôt qu'il sera rentré en faveur. Cette expérience ne le rendra pas plus prudent : il se livrera de nouveau dans les mains du premier fripon j se conduira toujours d'après l'impulsion de ses passions, sans réflexion, sans esprit, sans suite j me souffrira dans sa maison comme un parasite ; il reconnaîtra qu'il m'a des obligations , et j'attendrai vainement un secours réel, puisque, malgré ses beaux revenus, il manque toujours d'argent comptant. ( // se promène pensif çà et là, ) Homme insensé et borné ! et tu ne vois pas que le chemin de ton bonheur, que tu as si longtemps cherché, s'ouvre enfin devant toi. C'est avec raison que le chanoine s'est moqué de toi comme d'un écolier ; que le comte a abusé de tes sentimens nobles d'une manière infame. Tu méritais cette leçon, puisqu'elle ne t'a pas tout d'un coup corrigé j

— ils ne croyaient pas t'entretenir pour leur perte.

— Eh bien! c'en est fait ; je cours chez le ministre. Il est précisément à la maison de campagne où ces fourbes vont se jeter tous ensemble dans le piège. Ils ne méritent aucun ménagement. C'est un bienfait pour la société , de les faire punir comme ils le méritent et de mettre leurs ruses liors d'état de nuire davantage. Je cours ; — le moment est décisif — S'ils sont pris sur le fait, tout est démontré. Les pierres que le marquis a dans sa poche, sont des

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