ACTE IV, SCÈNE VU. 12 c
JNon, ce n'est pas possible, tu es égare'e , mais tu n'es pas changée. Ne te laisse pas éblouir par l'apparente ricliesse du clianoine ; nous sommes maintenant plus riches que lui ^ qui va se trouver sous peu dans un très grand embarras. J'ai tout calculé exactement ; tu peux encore cette nuit représenter le personnage de la princesse. — C'est l'intention de ma femme que je vous accompagne en sortant d'ici, et que je poursuive ensuite ma route. Je prends pour cet objet une voiture particulière. Dès que la scène est jouée, alors je déclare net à la marquise que tu vas me suivre. Tu résisteras un peu , et je t'entraînerai de force. Elle ne fera pas d'esclandre, de crainte que tout ne se dévoile. — Tu ne prêtes pas attention à mes paroles; qu'as-tu donc?
LA NIECE
Pardonnez-moi. — Ce projet ;, — je suis confondue , — je reste muette. — Réfléchissez dans quelle position nous laisserons derrière nous ma tante.
LE MARQUIS
Elle s'aidera bien elle-même; elle est assez adroite. Elle a poussé les choses assez loin, et nous ne gâtons rien à son plan. C'en est assez : je ne veux, je ne puis me passer de toi ; et si jamais tu as douté de mou amour, tu vois maintenant combien il est ardent. Je ne te laisserai pas ici en proie à tant de pièges , de dangers. Avant huit jours , tu serais perdue pour moi. La passion insensée du chanoine pour la prin-
cesse, n'exclut pas chez lui d'autres intrigues. Eucore peu de jours, et tu serais en apparence sa souveraine ; mais , dans le fait , sa très obéissante maîtresse. Viens. Je l'ai résolu et ne m'en dépars pas. ( // l'embrasse. ) Tu m'appartiens , et nul ne peut t^enlever à moi. Ma femme n'a jamais été un obstacle pour moi j et pourvu qu'elle tire heureusement de là ses pierreries, elle nous pardonnera volontiers le reste. — Qu'as-tu donc ? tu parais troublée.
LA NIÈCE
C'est fait de moi ! Conduisez-moi où vous voudrez.
LE MARQUIS
Apprends que tout est en règle. J'ai fait , sous un prétexte , empaqueter le plus nécessaire par ta femme-de- chambre. Bientôt nous serons habillés à neuf, et mieux que jamais. Il ne faut pas nous embarrasser de notre vieille friperie. ( // emmène la nièce désespérée , qui regarde encore (juehjfuejbis en arrière y du côté du cabinet. )