‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 12 sur 221 · MÉPHISTOPHÉLÈS · texte numérisé non relu

MÉPHISTOPHÉLÈS

Si bien donc que sur lui vous comptez quelque peu? Gageons que celui-là vous le perdrez encore !

Pourvu que, jouant un franc jeu,

Vous me laissiez de votre aveu

Brûler son anie à petit feu , Et sans aucune entrave amener la pécore Où bon me semblera. M'accordez-vous c^ pouit ?

LE SEIGNEUR

A ussi long- temps que Faust habitera la terre , Je ne t'en empêcherai point.

Tant que l'iiomme voyage , il erre.

MÉPHISTOP n É r,is .

Votre cadeau, Seigneur , me ravit , me coufoiid ! J'ai toujours abhorré d'avoir aux morts affaire ,

Et mille fois je leur préfère

Un visage au teint rubicond.

Pour un citoyen de la bière

Je ne suis jamais au logis.

Comme le chat pour la souris.

LE SEIGNEUR

Eh bien , j'exauce ta prière.

Va , détourne , si tu le peux , Détourne cet esprit de sa source premièie , Fais-lui prendre avec toi le chemin tortueux

Des ennemis de la lumière ; Et rougis si tu dois avouer à la fin Que , jusque dans les rangs de la foule grossière , l^e juste peut encor suivre le droit chemin.

Bon ! nous n'en avons pas pour long-temps, je vous jure ; Sans vanité, je ne vois nul sujet D'être en peine de ma gageure.

Si j'arrive à mon but , vous voudrez , s'il vous plail , M'accorder les honneurs d'une victoire entière. Il mangera de la poussière , Et trouvera cet aliment fort sain ; Comme ce vieux serpent , mon illustre cousin.

9^ NOTICK

LE SEIGNEUR

Tu peux en liberté paraître dans le monde. Je n'en voudrais bannir ni tes pareils , ni toi ;

Car de toute la race immonde Le Malin fut toujours le moins fâcheux pour moi.

Sous la matière qui l'accable , L'homme risque par fois de perdre tout ressort , Et de changer sa vie en un sommeil de mort. J'aime donc à lui voir un compagnon semblable , Qui l'excite au combat , l'éveille quand il dort , El peut même , au besoin . créer comme le Diable.

Vous cependant, 6 vous , nobles enfans du ciel , V Livrez-vous sans contrainte aux plaisirs ineffables Du séjour éternel.

Et tandis que l'auteur des êtres innombrables Epanche autour de vous les flots de son amour , Célébrez ces êtres d'un jour En vos âmes impérissables.

( Le ciel se ferme , les archanges se retirent. ) MÉPHISTOPHÉLÈS Seul.

De temps en temps j'aime à voir le vieux père , Et me garderais bien de lui rompre en visière. Traiter un pauvre diable avec cette douceur !

Vraiment dans un si grand seigneur Autant de bonhomie est chose singulière.

SUR GOETHE. g 3

Après cet échantillon de plaisanterie diabolique, je ne puis rien choisir, dans le ton sérieux , qui vaille le monologue célèbre du docteur. Voici donc comme il débute.

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