‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 11 sur 221 · MÉPHISTOPHÉLÈS · texte numérisé non relu

MÉPHISTOPHÉLÈS

Qui ? le docteur ?

LE SEIGNEUR

Eh ! sans doute , mon serviteur.

Il vous sert en effet de la belle manière ! Rien de terrestre chez ce fou ;

A peine ce qu'il mange est-il fait de matière. Mécontent , seul , vrai loup-garou ,

Il reste nuit et jour enfermé dans son trou ,

Espèce de tombeau sans air et sans lumière. Mais si son corps ne bouge pas ,

Son esprit au contraire est toujours en campagne Plaine , torrent , vallon , montagne , Dans tous les recoins de là-bas Il se glisse et prend ses ébats :

Et puis il monte au ciel , il nage dans l'espace , Demande à l'univers tous ses plus grands plaisirs.

Après quoi pourtant il se lasse,

Et retombe à la même place ,

Consumé des mêmes désirs.

LE SEIGNEUR

Battu comme il l'est de l'orage , Si , sans que lien l'ébraule , il demeure debout , Si, vainqueur dans la lutte, il me sert jusqu'au bout , Je le recueillerai pour prix de son courage. Mais le frêle arbrisseau qui n'a vu qu'un printemps , Vient-il à se couvrir d'une tendre verdure , Le jardinier sait bien qu'au midi de ses ans

Fruits et fleurs seront sa parure.

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