‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 132 sur 221 · ACTE V, SCENE VllI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VllI

LE COMMANDANT

Grande pensée ! Alors soumettez- vous à Tordre qui vous est donné.

LE COMTE

Je m'y soumets pour montrer ma longanimité' ; mais dans peu je me découvrirai. J'annoncerai de tels secrets à votre prince, qu'il me fera ramener en triomphe, et c'est vous qui précéderez , achevai, la voiture où le Grand-Gophte sera glorieusement reconduit.

LE COMMANDANT

Tout cela peut bien être ; mais aujourd'hui il m'est impossible de vous accompagner. Partez.

LE SUISSE

Partez, a dit le commandant j et si vous ne marchez pas , vous allez sentir nos hallebardes.

LE COMTE

Malheureux ! vous marcherez bientôt devant moi pour me faire honneur.

LES SUISSES le frappant.

Tu veux donc avoir le dernier mot ?

( Les Suisses sortent avec le marquis , la marquise et le comte. ) LE COMMANDANT à la nièce.

Et vous, un couvent de femme, situé à un quart d'heure de chemin, vous recevra ce soir même. Si

iH LE GRA.ND-COPHTE.

vous avez Tintenlion sérieuse de vous séparer du monde, vous en trouverez l'occasion.

C'est très sérieusement que je l'ai dit. Aucune espérance ne m'attache plus à ce monde. ( j^u chevalier, ) Mais je dois ajouter, monsieur, que j'emporte avec moi, dans la solitude du cloître, le premier, le plus vif de mes senlimens,... celui que j'ai ressenti pour vous.

LE CHEVALIER

Ah ! ne dites point cela ; ne me punissez pas si cruellement : chacune de vos paroles me fait une profonde blessure. Votre sort est digne d'envie auprès du mien. Vous pouvez dire au moins : « On a fait mon malheur » j et moi, quel insupportable chagrin j'éprouverai, en me disant : « Elle te compte parmi ceux qui ont contribué à sa perte. » Oh ! pardonnez-moi ; pardonnez à une passion qui ^ contraire à elle-même par un triste destin, a blessé ce qu'elle avait , il n'y a qu'un moment , de plus cher et de plus précieux sur la terre. 11 faut nous séparer. Le tourment que je ressens est inexprimable. Reconnaissez mon amour, et plaignez-moi. Pourquoi n'ai-je pas suivi mon inspiration? et après avoir découvert, grâce au hasard , le crime qui se préparait , que n'ai-je été de suite en prévenir le chanoine ! je me serais acquis un ami , une amante , et j'aurais pu jouir d'un bonheur sans mélange. J'ai perdu tout cela.

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