ACTE I, SCÈNE V. i-j
chœur des fidèles qui, à mes côte's;, protègent constamment le bien. Ce tems a des signes efifrayansles inférieurs s'élèvent, les supérieurs s'abaissent, comme si chacun ne pouvait trouver l'accomplisseinent de ses vœux insensés qu'en prenant la place des autres , et ne se sentir heureux que lorsqu'il n'y aura plus de distinction , et lorsque , confondus , nous serons tous entraînés d'un même cours vers l'océan , sans laisser de traces après nous. Ah ! résistons avec courage , et redoublons d'efforts pour conserver ce qui peut nous sauver , nous et notre peuple: oublions les différends qui excitent le puissant contre le puissant, et abîment le navire, qui ne saurait résister aux vagues qu'en luttant avec force contre elles.
EUGÉNIE
Quelle nouvelle et bienfaisante lumière m'éclaire et me dirige, au lieu de m'éblouir î Notre roi nous estime assez pour nous avouer ce qu'il attend de nous , et nous ne sommes plus simplement*ses parens ; sa confiance nous élève à l'emploi le plus sublime. Lorsque les nobles de son royaume se pressent autour de lui pour protéger son sein, il nous demande un service plus important. Conserver les cœurs au monarque est le premier devoir de tous les gens de bien. Lorsque le prince chancelle, l'état chancelle aussi , et lorsqu'il tombe , tout périt avec lui. La jeunesse, dit- on , se confie trop en ses forces et en sa volonté^ mais tout ce que peuvent cette force et cette volonté t'appartient à jamais.
LE DUC
Prince magnanime , lu sais apprécier la confiance d'un enfant et lui pardonner. Si son père, liomme d'expérience y ^ent jCt juge bien les faveurs de ce jour et les espérances qu'il promet^ tu peux être certain de la plénitude de sa reconnaissance.
LE RÖL
Nous nous reverrons bientôt à cette fête qui réunit mes fidèles pour célébrer l'iieure qui me donna la naissance. Dans ce jour , noble enfant^ je te rendrai au monde, à la cour , à ton père, à moi-même. Que ton sort brille près du trône. Cependant, jusque-là, j'exige votre silence à tous deux. Que personne n'apprenne ce qui s'est passé entre nous. L'envie est toujours éveillée , bientôt les flots s'élèvent et la tempête augmente, et le vaisseau est poussé contre des bords escarpés dont le pilote lui-même ne peut le sau^^r. Le secret ne fait qu'assurer nos desseins ; un projet divulgué ne nous appartient plus, et le hasard se joue déjcà de nous. Celui-là même qui peut commander doit surprendre. Oui, avec la meilleure volonté nous faisons bien peu, parce que mille volontés croisent la nôtre. Oh 1 si , selon mes vœux , une force entière m'était donnée pour peu de tems seulement, tout, jusqu'au dernier foyer de mon royaume , s'en ressentirait par les soins attentifs d*uii père ; des heureux habiteraient sous le toit le plus bumble, et les palais au&si seraient peuplés d'heu-
AGTE I, SCÈNE VI. 177
veux. Après avoir un instant joui de leur bonheur , je renoncerais volontiers au trône et à la terre«