ACTE IT, SCÈNE T
Quel sacrifice demaucle-t-il? J'aiderais à détruire le l)onlieur d'une élève qui m'est clière? Mais pourrais* je goûter d'un cœur libre ce que me donnerait un tel crime ? Eugénie , toi , dont la paisible existence devait se développer tout entière près de moi et porter de si beaux fruits, puis-je encore distinguer ce qui t'appartient et ce que tu as reçu de moi? Toi que je porte dans mon cœur comme mon propre ouvrage , faut-il t'immoler maintenant? De quoi étesvous formés y cruels , pour m'oser proposer un tel crime^ et me croire capable de le faire à ce prix ?
LE SECRÉTAIRE
liest vrai qu^un cœur ^ noble et bon, consei^é tel depuis l'enfance, est un trésor qui devient toujours plus beau et plus digne d'être offert à la divinité sainte qui habite en nous. Mais lorsque la puissance qui nous gouverne exige de nous un grand sacrifice'' nous cédons à la nécessité quoiqu'avec un cœur saignant. Ce sont deux mondes, ma chère, qui se combattent avec acharnement.
LA GOUVERNANTE
Tu te jettes dans un monde tout-à-fait étranger à mes sentimens, en préparant au noble duc, ton maître,, des jours d'une douleur si amère, etent'enrôlant dans le parti de son fus. Lorsque le pouvoir suprême peut paraître favoriser le crime, nous le nommons hasard; mais l'homme qui avec réflexion choisit
un tel lot, est une énigme pour moi Et moi ne
suis-je pas aussi une énigme pour moi-même de
igo LA FILLE NATURELLE.
tenir encore à toi avec tant d'attachement ^ lorsque tu t'efforces de m'entraîner dans l'abîme. Pourquoi la nature t'a-t-elle donné un extérieur agréable , et qui plaît irrésistiblement ^ en mettant dans ton sein un cœur froid , ennemi de la félicité d'autrui ?
LE SECRÉTAIRE
]Ne doute pas de la vivacité de mon amour.
LA GOUVERNANTE
Je voudrais m'anéantir si je le pouvais , mais pourquoi m'aflliger de ce plan odieux? JN 'avais-tu pas juré d'ensevelir cette infamie dans un silence éternel?
LE SECRÉTAIRE
Hélas! elle devient de jour en jour plus nécessaire. On force le jeune prince à prendre un parti. Pendant bien des années , Eugénie n'a été qu'un enfant insignifiant et inconnu. Toi seule tu l'as élevée depuis sa naissance dans ces vastes salles ^ peu de personnes la visitaient, et toujours en secret. Mais comment eût pu se cacher l'amour de son père? Fier du mérite de sa fille , il la laissait peu à peu voir publiquement, tantôt à cheval, tantôt en voiture. Chacun se demande, et à la fin chacun sait qui elle est. Maintenant la mère est morte j Eugénie était l'effroi de cette femme orgueilleuse , parce qu'elle semblait toujours lui reprocher sa faiblesse. EJlc n'a jamais reconnu sa fille , à peine l'a-t-elle vue. Le duc, se sentant libre par la mort de la mère, agit en secret,