ACTE II, SCÈNE î. igr
se rapproche de la cour , et mettant de côté tout ancien sujet de plainte , il se réconcilie avec le roi , sous la condition que celui-ci reconnaîtra Eugénie pour une princesse de sa famille.
LA GOUVERNANTE
Un sort propice ne lui a-t-ilpas donné des droits au précieux avantage d'être princesse du sang royal?
Ma tendre amie, tu parles légèrement du prix des biens de la terre , comme si tu étais séparée du monde par les murs d'un couvent. Regarde autour de toi j on prise mieux de pareils trésors. Le père envie le fus ; le fils compte les années de son père ; un droit incertain divise des frères à la vie et à la mort, le religieux lui-même oublie le but de ses efforts, et court après les richesses. On ne peut donc pas blâmer le prince, si, regardé jusqu'à présent comme fils unique , il ne reçoit pas bien une sœur qui , en s'introduisant dans la famille, vient diminuer la portion héréditaire. Qu'on se mette à sa place pour le juger.
LA GOUVERNANTE
]N'est-il pas déjà un prince riche? Et à la mort de son père ne le sera-t-il pas outre mesure ? Une parlie de ces richesses trouveraient un emploi bien précieux, si elle lui procurait une sœur chérie.
■LE SECRÉTAIRE
Agir d'après ses caprices est le bonheur du riche }
19^ LA FILLE NATUPxELLE.
il résiste à la voix de la nature, à celle de la loi^ do la raison , et répand ses dons au hasard. Avoir assez , peut s'appeler chez lui manquer du nécessaire , car il a besoin de biens infinis pour des libéralités sans bornes- jNe pense pas donner des conseils ici , ni rien adoucir ^ si tu ne veux pas être avec nous, quitte-nous.
LA GOUVERNANTE
Que voulez-vous de moi ? Vous menacez déjà depuis longtemps le bonheur de cette aimable enfant. Qu'avez-vous donc décidé d'elle dans votre horrible conseil? Vous voudriez peut-être que je m'associasse aveuglément à vos projets?
]Non certainement; tu peux et tu dois savoir ce qu'on veut entreprendre ^ et ce qu'on est forcé d'exiger de toi. Tu emmèneras Eugénie ;, elle doit tellement disparaître du monde, que nous puissions pleurer sa m.ort en sûreté , et son sort futur doit rester éternellement caché, tout comme si elle n'était plus.
LA GOUVERNANTE
Vous la vouez vivante au tombeau, et dans vos rêves vous me choisissez pour être sa compagne. On me précipite avec elle. Moi qui la trahis, je parta- <^erais, durant ma vie entière, la mort apparente de celle que je trahis !
LE SECRÉTAIRE
Tu la conduiras, et reviendras aussitôt.