ACTE II, SCENE I
LA GOUVERNANTF.
Vous marchez dans des sentiers obscurs, et croyez voir clairement votre avanta:j:e à les suivre. Älais avez-vous donc repoussé tout pressentiment de ce dieu protecteur qui plane sur l'innocence pour la sauver , et dont tôt ou tard, la vengeance démasque et punit le crime?
LE SECRÉTAIRE
On ne peut nier un Etre tout-puissant , qui s'est réservé de juger le résultat de nos aclions selon sa sa volonté. Mais qui donc ose s'asseoir à ses conseils suprêmes ? Qui peut savoir la règle et la loi selon laquelle il veut que nous agissions? Nous ne savons qu'une chose, mais celle-là nous la savons bien et nous la sentons^ c'est qu'il faut nous rendre heureux dans ce bas-monde. Ce qui nous est utile est notre loi suprême.
LA GOUVERNANTE
Ainsi vous repoussez tout ce qui est divin , vous n'écoutez pas les cris de votre conscience. Mais moi j'entends la mienne , qui me commande de détourner de toutes mes forces cet affreux danger qui menace mon enfant chérie, et de m'armer de courage contre la puissance et la fureur, contre toi-même. JN on , aucune puissance, aucune menace ne m'ébranlera. Je suis irrévocablement dévouée à son salut.
LE SECRÉTAIRE
Toi seule, en effet, tu peux la sauver et détourner d'elle le danger qui la menace ; mais c'est en nous
ig6 LA FILLE NATURELLE.
écoulant. Saisis promptcment cette fille qui l'est*
chère, emmène-la aussi loin que tu le pourras,
caclic-la aux yeux de tous les hommes , car Tu
fièmis, tu pressens ce que je vais te dire. Eh hien, puisque lu m'y forces, je veux le dire enfin ; l'éloigner est le moyen le plus doux. Si tu ne voulais pas entrer dans ce plan, si tu osais l'opposer à nous en secret , et trahir dans de bonnes intentions ce que je t'ai confié, lu la verrais morte dans les bras. Moi aussi je la pleurerais , mais peu lui serviraient mes larmes et les tiennes.