‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 156 sur 221 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

LA GOUVERNANTE

Doil-ülle passer ses jours enferQie'c dans uu couvent ?

LE SECRÉTAIRE

Non pas dans un couvent; nous ne couderions pas un tel gage à des prêtres qui pourraient facilement s'en faire un instrument contre nous.

LA GOUVERNANTE

Doit-elle aller aux îles? Réponds.

LE SECRÉTAIRE

Tu l'apprendras plus tard; calrne-toi maintenant«

Comment le pourais-je, en voyant le danger qui menace mon élève chérie et moi-même.

LE SECRÉTAIRE

Cette jeune fille que tu aimes si tendrement , y trouvera peut-être son avantage; et quant à toi un bonheur assuré t'attend dans ces lieux.

LA GOUVERNANTE

Ne vous ilattez pas d'une semblable espérance. Que vous sert de m'assiéger ainsi ^ pour m'envelopper dans vos trames et me pousser au crime? Cette noble fdle rendra vains tous vos projets. Ne croyez pas l'entraîner sans peine et sans danger, comme une victime dévouée. L'esprit courageux qui l'anime , la force qu'elle tient de son père et qui ne l'aban-

GOETHE. I. i3

liji lA FILLE MTURLLE.

donne jamais, decliireront les filets trompeurs dont vous l'entourez.

LE SECRÉTAIRE

La sauver, tu ne le pourrais pas. Crois-tu me persuader qu'un enfant, bercé jusqu'ici dans les bras caressans de la fortune , conservera de la présence d'esprit, de la force et de la prudence au milieu d'une calas! rophe subite. Son esprit n'est pas encore façonné à l'activilc ; elle peut sentir avec justesse , parler sagement, mais il lui manque beaucoup pour savoir agir. Le courage libre et fier de celui qui n'a point d'expérience, se cbange souvent en faiblesse et en désespoir , lorsque l'invincible nécessité se jette devant lui. Exécute ce que nous avons résolu; il en sortira un peu de mal, mais beaucoup de bien.

Donnez-moi le temps d'examiner et de clioisir.

LE SECRÉTAIRE

Le moment de l'exécution nous presse déjà. Le duc paraît assuré qu'à la féteprocliaine, le roi lui accordera toute sa faveur et reconnaîtra sa fille. Les babits et les joyaux sont prêts, et enfermés dans des caisses magnifiques, dont il garde lui-même la clef, croyant ainsi garder son secret; mais nous l'avons pénétré^ nous en profitons, et ce que nous avons décidé arrivera. Ce soir tu en apprendras davantage. Adieu.

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