ACTE II r, SCÈNE II
voyait pour salut matinal une feuille écrite de 3î^ main , toute pleine d'esprit et de sentiment.
LE SECRETAIRE
Que de fois l'envie de te faire plaisir lui a inspiré des rimes poétiques et précoces !
LE DUC
L'espérance de la voir était le seul charme des heures fatigantes de la journée.
LE SECRÉTAIRE
Que de fois on t'a vu t'écliapper vers elle , impa^ tient des obstacles et des retards , comme un jeune homme qui brûle de rejoindre sa maîtresse !
LE pue.
Ne compare pas ce feu de jeunesse que le désir égoïste de la possession dévore^ au sentiment d'un père qui contemple avec un enthousiasme pur et tranquille le développement rapide des forces de son enfant , et qui jouit avec délices des progrès de son esprit. Les transports de l'amour demandent la présence de l'objet aimé, mais le père vit dans l'avenir j c'est là que s'étend Je champ de ses espérances, c'est là qu'il doit recueilhr les fruits qu'il a semés.
LE SECRÉTAIRE
ïu as perdu ce bonheur immense , celte joie .toujours pleine d'une fraîcheur nouvelle.
2iS LA FILLE NATURELLE.
LE DUC
Est-il perdu? En ce moment raenic^ mon ame le possédait tout entier dans tout son e'clat. Oui^ il est perdu; malheureux, tu me l'as rappele'; cette heure vide et sans emploi me le rappelle. Je l'ai perdu ! Coulez, mes pleurs; que le de'sespoir mine et détruise mon corps trop plein de santé , et que l'âge a trop épargné. Tout ce qui existe encore, tout ce qui me paraît ßer de sa durée m'est odieux; mes vœux sont pour tout ce qui passe et chancelle. Flots, révoltezvous, renversez vos digues et couvrez la terre. Mer turbulente, ouvre tes abîmes, engloutis les vaisseaux, les hommes et leurs trésors. Que les bataillons guerriers se répandent au loin , et que des cadavres amoncelés signalent partout leurs traces sanglantes. Que la foudre s'allume dans un ciel pur, et frappe les tours qui lèvent leur tête avec tant d'orgueil ; que la flamme détruise, dévore , répande au loin su fureur au milieu du tumulte des villes ; entouré de toutes parts des cris du désespoir , je me résignerai alors au sort qui m'a frappé.
LE SECRÉTAIRE
Ce malheur imprévu a foit une impression effrayante sur ton esprit , si ferme et si élevé.
Il m'a surpris , mais il s'était annoncé. Un génie favorable avait ranimé ma fille dans mes bras, et m'avait montré un instant, pour m'j préparer, rc