‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 171 sur 221 · LE DUC, LE SECRÉTAIRE · texte numérisé non relu

LE DUC, LE SECRÉTAIRE

LE DUC

Lumière cruelle, tu me rappelles à la vie^ à la conscience du monde extérieur et de moi-même.

a iß LA FILLE NATURELLE.

Que tout nae semble désert autour de moi! Tout est consumé, tout est en ruines; le bonheur n'est plus pour moi.

LE SECRÉTAIRE

Chacun de tes serviteurs souffre avec toi , et voudrait se charger d'une portion de ta douleur ; tu en serais moins triste et plus fort.

LE DUC

Les douleurs causées par l'amour sont indivisibles et infinies comme l'amour lui-même. Je sens quel est l'épouvantable malheur de celui qui perd son bien de chaque jour. Pourquoi laisse-t-on briller encore devant moi ces murailles dont les couleurs yives et les riches dorures me rappellent froidement l'état de bonheur parfait dont je jouissais hier , dont je jouissais avant-hier? Pourquoi n'avoir pas tendu les corridors et les salles d'un crêpe funèbre, afin qu'à l'extérieur une nuit sombre comme mon cœur m'entoure éternellement ?

LE SECRÉTAIRE

Tout ce qui te reste devrait encore te semble?: quelque chose, même après ce que tu as perdu.

Ce n'est plus pour moi qu'un lève accablant et sans réalité ; elle seule était l'ame de cette maison. A mon réveil je vojais voltiger autour de moi l'image de cet-te enfant chérie , et souyent elle m'en-

Page 1