ACTE IJI, SCKNE iV. î
r/ABBÉ.
Le messager d'une mauvaise nouvelle est le bien^ venu tant que par son silence il laisse encore place dans notre cœur à Fespe'rance et à l'illusion j le malheur sans ressource est odieux.
LE DUC
Pourquoi fre'mir? Que puis-je apprendre? Elle n'est plus 'y le calme et le repos sont maintenant sur sa tomber ce qu'elle souffrit est passé pour elle^ c'est pour moi que le tourment commence j parle donc.
L'ABBÉ
La mort est un mal commun à tous. Envisage ainsi le sort de ta fille morte y et que son passage de ce monde en l'autre reste secret comme la nuit du tombeau. Ce n'est pas toujours insensiblement , par une pente douce et facile, que l'on descend dans le royaume silencieux des ombres. La destruction nous entraine souvent au dernier repos par une douloureuse violence et des tortures infernales.
LE DUC
Elle a donc beaucoup souffert ?
L'ABBÉ
Beaucoup , mais pas long-temps.
LE Dua
Elle eut un instant de souffrance, un instant où elle appela du secours ! Et moi , où étais-je alors? Quelle occupation, quel plaisir m'enchaî-
tiü/l LA FILLE NATURELLE.
naitV Rien ne m'annonçait le malheur clFrovable qui déchirait ma vie. Je n'ai pas entendu les cris , ni ressenti la chutp , cause de mon désespoir sans ressource. Les pressentimens, les affinite's lointaines sont des fables. L'homme sensuel et endurci, renfermé dans le présent , ne sent que le bien et le mal qui le touche immédiatement j l'amour même est sourd dans l'absence.
L'ABBE
Quelque soit la force des paroles, je sens combien elles sont insuffisantes à consoler.
LE DUC
Les paroles blessent plus vite qu'elles ne guérissent, et malgré tous leurs efforts , elles cherchent en vain à remplacer le chagrin présent par l'idée d'un bonheur qui n'est plus. Aucun secours, aucun art ne pouvait donc la ramener à la vie ? Qu'as-tu tenté ? Qu'as-tu fait pour la sauver? Certainement tu n'as oublié aucun moyen.
L'ABBÉ
Hélas! dans l'état où je la trouvai , on ne pouvait penser à rien.
LE DUC
Je perdrai donc pour toujours le doux soutien de ma vie. Je veux nourrir ma douleur de douleur, en conservant ses restes. Où sont-ils !
L'ABBÉ
Sou tombeau est seul, dans une chapelle di^ne de