‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 178 sur 221 · ACTE m, SCÈNE IV. 12 ri · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV. 12 ri

le recevoir. De l'autel, je le vois constamment à travers une grille , et je ne cesserai de prier avec larmes pour elle, tant que je vivrai.

LE DUC

Viens. Contiuis-moi vers ce lieu. Le plus habile ttie'decin nous accompagnera. Nous arracherons son beau corps à la corruption , et conserverons son image inestimable avec des baumes précieux. Oui, tous les atomes qui formaient naguère son admirable stature resteront assembles; aucun ne se perdra dans le néant.

L*ABBÉ

Que dois-je te dire? Faut-il te le cacher ? Tu ne peux y aller; hélas! son image est défigurée, un étranger même ne la verrait pas sans pitié ; et les

yeux d*un père Non, que Dieu t'en détourne;

tu ne pourrais la regarder.

Quel redoublement de chagrin me menace !

L'Abbé.

Permets-moi de garder le silence, de peur que mes paroles n^aîtèrent le souvenir même de celle que tu as perdue. Je ne Veux pas te raconter comment elle fut traînée à travers les bois et les rochers, et en quel état je la reçus dans mes bras, défigurée et sanglante, déchirée, meurtrie, brisée , méconnaissable. Alors, les yeux pleins de larmes, je bénis l'heure où j'avais renoncé solennellement à porter le nom de père. Goethe. I. ^ i5

2 26 LA FILLE NAWBFXLE.

LE DUC

Tu n'es point père ! Tu es donc Tun de ces êtres égoïstes et endurcis , qui se dérobent à Tordre de la nature et dévouent dans la solitude leur vie entière à un stérile désespoir. Eloii^ne-toi , ta vue m'est odieuse.

L'ABBÉ

Je le sens, on ne saurait pardonner au messager d'un tel malheur.

« ( Il veut »'éloigner. )

LE DUC

Excuse-moi et reste. As-tu jamais contemplé avec un étonnement mêlé de plaisir, une image qui semblât vouloir te reproduire miraculeusement à tes propres yeux? Si tu avais joui de cette vue, tu n'aurais pas déchiré avec autant de cruauté cet objet créé pour être sous mille traits divers mon bonheur et ma joie en ce monde j tu n'aurais pas aigri jusqu'à la douceur d'un triste souvenir.

Que dçvais-je faire ? Te conduire au tombeau que mille larmes étrangères ont déjà baigné, pendant que je déposais ses membres palpitans et brisés dans la demeure glacée qui les dévorera.

LE DUC

Homme insensible , tais-toi ; tu ne fais qu'ajouter à mon désespoir en croyant l'adoucir. Malheur! maL heur! Ainsi donc, les élémens, affranchis du joug:

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