TA FI1.LK NAH HELLE
LE DUC
Vivre de sa douleur est une jouissance. O])^ que je voudrais, m'en allant en pèlerinage, ainsi qu'un pénitent, porter à pas lenls ses cendres muettes sous un toit modeste , au lieu môme où je Ja vis pour la dernière fois, où je la tins morte dans mes bras , et où je la vis revenir à la vie y illusion trop vaine ! Je croyais la tenir 5 la posséder^ pour toujours, et pour toujours elle m'est ravie ^ à cet endroit du moins j'éterniserai ma douleur. Dans le rêve de ma joie, j'avais fait vœu d'élever un monument à sa guérison ; la main liabile du jardinier a déjà tracé des allées détournées à travers les bois et les rochers; on a déjà découvert la place où le roi la pressa sur son cœur , en la nommant sa nièce ; la proportion et la symétrie devaient embellir ce lieu témoin de mon bonheur. Les mains quiy travaillaient se reposeront, et avec mon bonheur s'évanouira ce plan à moitié exécuté. Je veux encore élever un monument, mais il sera de pierres brutes , entassées sans ordre. J'irai m'y établir, et j'y demeurerai jusqu'à ce que je sois délivré de la vie. Que ne puis-je être changé en l'une des j>ierr€s immobiles du monument, jusqu'à ce que toutes les traces que laisse le chagrin aient disparu de ce heu triste et solitaire! Que l'herbe, croisse autour de cette enceinte sans abri, que les branches s'entrelacent sans culture , que les bouleaux^ balayent la terre de leurs chevelures pendantes, que le jeune arbrisseau devienne arbre, et que la pierre polie se couvre de mousse; quant à