‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 189 sur 221 · ACTE IV, SCÈNE lt. ^4î · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE lt. ^4î

par le hasard, mais qui le laisse Testime et rinclination des cœurs lionnéles.

EUGÉNIR.

Re'fléchissant à rinfluenoe des fautes légères, je me confie en la pureté de mon cœur.

LE CONSEILLER

Ce n'est rien que de cliâncelef" sur un terrain uni , mais un seul faux pas précipite des sommités.

EUGÉNIE

Au milieu de ces régions élevées je nageais dans le plaisir ; l'excès de ce plaisir m'a perdue. Je saisissî^ par la pensée le bonheur qui m'attendait, et j'en tenais déjà dans mes mains un gage précieux. Seulement un peu de calme^ un peu de patience , et tout m'était favorable^ j'ose le croire. Je me hâtai , je me laissai entraîner par une tentation pressante. Est-^ce là la cause de mes maux? Je vis et je racontai ce qu'il m'était défendu de regarder et de divulguer. Une faute si légère méritait-elle donc une si grave punition? Enfreindre en badinant une défense qui ne semblait pas sérieuse , est-ce assez pour s'attirer une condamnation san^ miséricorde? Ce que la tradition des peuples nous rapporte d'in^ croyable est donc vrai ; la faible et courte jouissance do manger une pomme â causé l'éternel malheur du monde entier. Une clef me fut confiée ; et vouknt ouvrir des trésors qui m'étaient défendus , je n'öii^ ' vris que mon tombeau.

i44 LA FJIXE NATÜRELLK.

LE CONSEILLER

Tu ne saurais trouver la source du mal ; et d'ait leurs lu la connaîtrais que tu ne pourrais la tarir.

EUGÉNIE

Je clierche en vain à me persuader que de si faibles transgressions soient causes de si grandes souffrances. Je porte ma pensée plus haut ; mais les deux hommes éminens auxquels je croyais devoir toi>t mon bonheur semblaient se tenir par la main. La discorde des partis , qui prend naissance dans des antres obscurs , paraîtra peut-être bientôt à de'couvert; les craintes etlessoucis qui m'entourât dépendent peut-être d^^vénemens qui, en m'écrasant, menacent aussi le monde d'anéantissement.

LE CONSEILLEP;

Que je te plains î Ta douleur est pour toi le destin même j la terre ne te semblait-elle pas couverte de joie et de bonheur , lorsqu'enfant heureuse tu ne marchais c[ue sur des fleurs?

EUGÉNIE

Qui mieux que moi vit la terre parée de toutes ses fleurs? HélasI autour de moi tout était pur, riche, abondant , et tout ce que l'homme peut désirer semblait prodigué pour ses plaisirs. A qui devais-je un tel paradis? J'en étais redevable à l'amour d'un père, qui, soigneux dans les plus petites comme dans les plus grandes choses, semblait vouloir m'ac-

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