ACTE IV, SCKiVE IV. j a6r
EUGÉNIE
Place-moi dans une position meilleure , et je ne mettrai pas de bornes aux récompenses que méritent ses offres.
LA GOUVERNANTE
Donne-lui pour récompense ce qui vSeul peut le payer ; que ta main Televe jusqu'à toi. Si la vertu et le mérite avancent lentement l'homme de bien , et si le dévouement qui le porte à renoncer à lui-même, pour se consacrer au bien d'autrui^ reste inconnu ou à peine remarqué , une femme noble au contraire le fait bientôt monter au rang dont il est digne. Il ne faut plus qu'il baisse ses regards , mais c[u'il les lève vers celle qui lui est supérieure; et s'il l'obtient, elle aplanit pour lui le chemin do la vie.
Je connais la fausseté et la ruse de tes paroles ; leur artifice se fait assez connaître , et le contraire de ce que tu dis ne paraît que trop. Un époux entraîne nécessairement sa compagne dans la sphère où il vit ; c'est là qu'est son lieu d'exil ; elle ne peut plus employer ses propres forces à se frayer un chemin ; si elle était dans une condition inférieure , il l'élève à lui , mais si elle occupait un rang supérieur, il l'en fait descendre. Sa première
-forme a passé; et il ne reste plus de trace des anciens jours. Qui pourrait lui arracher ce qu'elle a gagné?
^ Mais aussi, ce qu'elle a perdu, qui peut le lui tendre?
iÔf lÂ' FILLE INATURELLÉ.
LA GOUVERNANTE
Ainsi^ tu fixes irrévocablement ton sort et le mien^
EUGÉNIE
Mes regards cherchent encore avec espoir quel-* que moyen de délivrance.
LA GOUVERNANTE
Celui qui te chérit désespère de toi; comment Verrais-tu encore quelque lueur d'espérances?
EUGÉNIE
Un homme plus calme nous donnera de meilleurs conseils.
LA GOUVERNANTE
Il ne s'agit plus de choix ni de conseil^ tu me précipites dans la misère, tu m'y suivras.
Oh; je voudraiii te voir encore une fois pleine d'amitié pour moi , comme au temps passé. L'éclat du soleil qui porte partout la vie , la lueur douce et rafraîchissante de la lune, m'étaient moins chers que ta présence. Tout ce que je pouvais désirer était fait; ce que je craignais, éloigné. Ma mère s'était dérobée trop tôt aux regards de son enfant, et tu tn'avais entourée de tous les soins attentifs que peut inventer l'amour d'une mère. Es-tu donc toutà-fait changée ? Extérieurement tu me parais toujours celle que j'aimais tant; il semble néanmoins que ton cœur n'est plus le même ,• tu es toujours celle