‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 200 sur 221 · ACTE IV, SCÈNE IV. 26Î · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. 26Î

que j'implorais dans les plus petites comme dans les plus grandes occasions , et qui ne me refusa jamais rien. Le sentiment de respect que je nourris pour toi depuis mon enfance, m'enseigne à te supplier d'avoir compassion de mon sort. Te regarder comme tenant la place de mon père y de mon roi ^ comme une divinité enfin ^ et plier le genou devant toi, cela m'abaisserait-il? (^Elle se met à genoux, )

LA GOUVERNANTE

Dans cette situation tu me railles en feignant de ra'honorer j la fausseté ne m'émeut pas.

( Elle releva Eugénie avec viracilé, ) EUGÉNIE.

Est-ce bien de toi que j'entends des paroles aussi dures, et que j'éprouve une conduite aussi haineuse? puis-je y survivre? Tu détruis avec violence mes illusions. Je vois clairement quel est mon sort. Ce ne sont ni mes fautes , ni les discordes des grands , qui m'ont fait exiler^ c'est la haine de mon frère, et tu es sa complice.

LA GOUVERNANTÏÏ.

L'erreur t'égare de tous points j que peut ton frère contre toi ? Sa volonté t'est contraire , mais il n'a aucune puissance.

EUGÉNIE

Qu'il fasse ce qu'il veut, je ne languirai pas sans espérance dans la solitude des déserts lointains. Un

peuple tout entier s'a^'ite autour de moi , un peuple aimant qui se plaît à entendre le nom de la patrie sortir de la bouche d'un de ses enfans. Je l'invoquerai; quelque chose me dit que j'obtiendrai ma liberté au moyen de cette foule e'mue.

LA GOUVERNANTE

Va, tu ne connais pas la multitude bruyante; elle s'étonne ;, frémit, et laisse faire; elle ne s'émeut jamais ; on voit d'ordinaire finir sans succès ce qu'elle a commencé par Lazard et sans dessein.

EUGÉNIE

Tes froides paroles ne m'ôteront pas ma confiance, comme tes actions téméraires ont détruit mon bonheur. J'espère encore trouver quelque vie, là où la multitude se presse avec tant d'activité; les cœurs qui se contentent de peu , s'ouvrent facilement à la pitié ; ne me retiens pas ; je vais proclamer à haute voix , au milieu même de cette foule , l'afifreux danger qui menace de m'accabler.

Page 1