‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 218 sur 221 · SCÈNE vm · texte numérisé non relu

SCÈNE vm

EUGÉNIE seule.

On me détourne de mes propres malheurs en me

prédisant ceux de ce qui m'est étranger Etranger!

Ce qui doit arriver à ma patrie l'est-il pour moi V

Ce presseuliment tombe sur mon' cœur avec un nouveau poids ; faut-il aux maux présens ajouter ceux de l'avenir ? Ce qu'on me répétait depuis mon enfance est donc vrai. Je le demandais , on me l'a dit, et je l'ai même entendu récemment de la l)ouclie du roi et de celle démon père, une ruine prochaine menace ce royaume. Les élémens , combinés pour la vie, ne se balanceront plus avec harmonie, afin de reformer un ensemble toujours parfait. Ils se sépareront , se fuiront ; et chacun rentrera en lui-même. Où est l'esprit énergique de nos aïeux , cet esprit qui pendant leurs discordes les réunit dans un but commun^ et fut comme le roi, le chef et le père de ce grand peuple? Il s'est évanoui, ce qui nous en reste n'est qu'une ombre vaine, qui par ses efforts ne peut ressaisir ce qui est perdu. Emporterai-je avec moi un tel souci? fuirai-je le danger commun, et par là l'occasion de montrer un courage digne de mes ancêtres ? Rononcerai-je à humilier , par des secours donnés à l'heure de l'adversité , ceux qui me persécutent maintenant ? Non , non , terre de ma patrie, tu es un asyle pour moi j j'entends ta voix puissante qui m'appelle j jene t'abandonnerai pas: les liens qui me retiennent à toi sont sacrés. Où trouver l'homme honnête qui m'a offert sa main avec confiance? Je m'attacherai à lui , et je resterai cachée pour être par la suite un talisman pur ; car lorsqu'un miracle arrive dans le monde , c'est à la prière d'un cœur fidèle et plein d'amour. Je ne considère ni la grandeur du danger, nima propre faiblesse ;

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