‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 32 sur 221 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

expressément de cacher notre importante affaire à cet homme qu'elle redoute.

LE CHANOINE

Je dépends entièrement de votre volonté. Je me conformerai à cet ordre ^ malgré la persuasion où je suis que cette crainte n'est pas fondée. Ce grand homme nous serait plutôt utile que nuisible. Devant lui tous les rangs sont égaux. Unir deux tendres cœurs est sa plus douce occupation. Mes élèves^ at-il coutume de dire , sont des rois dignes de gouverner le monde, dignes de toute espèce de bonheur. — Et si ses génies lui apprennent la vérité j s'il voit que dans ce moment, la défiance s'est glissée dans nos cœurs, il nous fermera pour toujours les trésors de sa sagesse.

LA MARQUISE

Tout ce que je peux vous dire, c'est que la princesse le désire expressément.

LE CHANOINE

Soit; je saurai lui obéir, quand même je devrais me perdre.

LA MARQUISE

Et notre secret est d^autant plus facile à garder , que nul ne vous croira rétabli dans les bonnes grâces de la princesse.

LE CHANOINE

En effet, chacun me croit en disgrâce et pour toujours éloigné de la cour. Les yeux de ceux qui

me rencontrent expriment la compassion et même le de'dain. C'est uniquement par une grande dépense , par le crédit de mes amis, par Tappui de plusieurs mëcontens^ que je parviens à me conserver. Fasse le ciel que mes espérances ne soient pas trompées ^ et que votre promesse s'accomplisse î

LA MARQUISE

Ma promesse? — IN' e parlez plus ainsi, mon cher. Jusqu'ici c'était une promesse^ mais depuis cette soirée, depuis que je vous ai remis une lettre, ne vous ai-je pas en même temps donné les plus belles certitudes?

LE CHANOINE

Je l'ai déjà baisé mille fois ce papier (/Z tire un papier de sa poche ) ; laissez-moi le baiser mille fois encore. Il ne quittera mes lèvres qn'au moment où ces lèvres brûlantes pourront s'arrêter sur sa belle main, sur cette main qui me cause un ravissement inexprimable , puisqu'elle m'assure un éternel bonheur.

LA MARQUISE

Et quand alors le voile qui couvre ce secret tombera, quand vous paraîtrez aux yeux des hommes dans l'entier éclat de votre bonheur passé , et même dans une splendeur plus vive encore, à côté d^un prince qui vous adopte de nouveau , d'une princesse qui ne vous a jamais méconnu, comme cette nouvelle et brillante fortune éblouira les yeux de l'envie , et avec quelle joie je vous verrai à la place que vous méritez à tant de titres !

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