L A M V R (^) LI I S K
XÎjST-il permis iVêtv^ ainsi préoccupe , de fuir ses amis, et de détruire le plaisir qu'ils i^oùteraient dans ces heures de confiance? Grojez-vous que nous puissions jouir et nous égayer^ quand notre hôte quitte une table qu'il nous a si gracieusement préparée? Déjà toute la soirée vous n'avez paru assister que de corps à cette fête. Nous espérions à la {in du repas, au moment où les valets se sont retirés, vous voir plus gai, plus ouvert; au contraire^ vous vo
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levez, vous vous éloi«,'nt'z de nous, vous allez à l'extre'mitc de la salle, et vous vous promenez tout pensif, comme si rien ici ne pouvait vous intéresser, vous distraire.
LE CHANOINE
Vous demandez ce qui m'occupe? Marquise, ma position vous est connue. Serait-il étonnant que je sortisse de mon caractère? Est-il possible que l'esprit, le cœur d'un homme reçoive à la fois plus d'assauts que le mien? Quelle nature n'y succomberait pas? Vous savez ce qui m'agite à ce point, et vous me faites cette demande !
LA MARQUISE
Vraiment, je ne vois pas cela si clairement. Tout ne va-t-il pas au gré de vos désirs?
LE CHANOINE
Et celle attente! et celte incertitude!
LA MARQUISE
Vous n'avez que peu de jours à la supporter : le comte notre oracle, notre maître, n^a-t-il pas promis de nous faire avancer tous , et vous particulièrement, dans la science des mystères? ]N'a-t-il pas promis de calmer cette soif de connaissances secrètes qui nous tourmente, et de satisfaire chacun suivant la portée de ses moyens? et pouvons-nous douter qu'il tienne parole?
LE CHANOINE
Sans doute j il l'a promis. Mais n'a-t-il pas dé-
ACNE I, SCÈNE î. 5
fendu aussi loute réunion semblable à celle que nous formons aujourd'liui à son insu? Ne nous a-t-il pas ordonné le jeûne ^ la retraite^ Tabsiinence? Ne nous a-t-il pas commandé de recueillir et de méditer en silence les dogmes qu'il nous a livrés? — Imprudent que je suis!... c'est à l'heure où je devrais me préparer à la plus sainte apparition, que je rassemble en cette campagne une société joyeuse, que je consacre au plaisir cette importante nuit! — • Dût -il tout ignorer^ ma conscience n'en est pas moins un tourment pour moi: et quand je songe que ses démons familiers lui ont certainement tout appris, t[i^'il tist peut être en route pour nous surprendre! ail! — Qui pourra soutenir sa colère?-^ Quelle honte! j'en serais attéré. — Chaque momölit.... Je crois l'entendre.... J'entends les pas d'un cheval, le bruit d'une voiture....
( Il court à 1;! porle. ) LA MARQUISE à part.
O Comte! tu es un va u ri en. sans pareil! un maître trompeur! je ne te quitte pas, et chaque jour pourtant je découvre en toi des fourberies nouvelles! Comme il sait mettre à profit et développer les passions de ce jeune homme ! Comme il s'est emparé de toutes les facultés de son ame ! Quel empire sans bornes il exerce sur lui! — Voyons un peu si ma feinte réussira. (Ze Chanoine revient,) Haut. Soyez sans inquiétude 5 le Comte sait beaucoup de choses, mais il ne sait pas tout, et il n'apprendra
6 LE GRÂND-COPHTE.
pas cette fc'tc. Depuis quinze jours je ne vous ai pas vuj je n'ai pas vu mes amis; je me suis ensevelie pendant ce temps dans une triste campagne^ où j'ai dû passer; bien des heures ennuyeuses^ dans le seul but de me rapprocher de notre princesse adorée, d'épier Tnistant de Taborder sans ténjoins, et de Tentrelenir des intérêts d'un ami bien cher. Aujourd'hui que je retourne à la ville, c'a été de votre part la galanterie la plus aimable de me préparer un festin dans cette maison à ^la moitié de ma ronte, de venir li ma rencontre, et de rassembler mes meilleurs amis pour me faire accueil. Certes^ vous êtes digne des bonnes nouvelles que je vous apporte. Vous êtes un excellent ai ni. Vous êtes heureux; vous méritez de l'être. Je désirerais seulement que vous jouissiez de votre bonheur.
LE CHANOINE
Bientôt, ])leiitôt.
LA MARQUISE
Venez, asseyez-vous. Le comte est absent; il subit dans la solitude ses quarante jours de retraite pour se préparer au grand œuvre. 11 ne saura pas plus nos réunions ([u'il ne connaîtra le secretqui nous occupe. ( //pf'ès rj uelq lies i?is tans de niflexioji.^Si l'on découvrait trop tôt que la princesse vous pardonne , que prübablement le prince va se laisser attendrir par une fille chérie, tout l'édifice de nos projets croulerait sous les efforts de l'envie. La princesse , qui connaît , ot re liaison avec le comte^ m'a ordonné