ACTE II , SCENE II. 3l
LA MARQUISE
Pourquoi n'es-tu pas venu aussi au-devant de moi? le chanoine t'avait invité.
Pardonne-moi^ j'avais précisément liier beaucoup de choses à mettre en ordre ; car tu m'avais écrit de me préparer à un voyage.
LA MARQUISE
Tu n'as pas beaucoup perdu; le chanoine a été insupportable, et la société toute désunie. Enfin le comte nous surprit encore et nous chassa, et il faut supporter les folies de cet homme.
LE MARQUIS souriant
Qu'est devenue ta négociation? (^ai>ec ironie^ Astu conquis les faveurs de la cour?
•LA MARQUISE
Il est vrai , nous ne nous sommes pas vus depuis long-temps. Tu étais absent quand je partis. Lorsque le prince et la princesse eurent quitté leur château de plaisance, je louai une petite maison de campagne dans le voisinage, et j'y habitai dans un calme absolu, tandis que le chanoine se figurait que je voyais chaque jour la princesse. Je lui envoyai des messages; je reçus de lui des lettres; enfin son espoir parvint au comble : car Ton ne peut s'imaginer le malheur de ce pauvre homme depuis que sa conduite imprudente l'a éloigné de la cour, et
32 LE GllAND-COPIITE
comLlcii il est crédule' quand on caresse ses espéj^ances. J'aurais pu lui en faire accroire aisément ^ sans mettre autant d'art dans mes plans.
LE MARQUIS
Mais cette fable ne peut se soutenir long-temps.
LA MARQUISE
Ce soin me regarde. Il touche maintenant au dernier degré de la félicité. La nuit dernière , lorsqu'il me reçut à sa campagne^ je lui donnai une lettre de la princesse....
LE MARQUIS
De la princesse!
LA MARQUISE
Que j'avais écrite moi-même; elle était conçue en ternies généraux: la porteuse, était-il dit, ajouterait le reste.
LE MARQUIS
Eh bien î
LA MARQUISE
Je lui annonçais la faveur de la princesse; je l'assurais qu'elle intercéderait auprès de son père et obtier^drait qu'il lui rendit ses bonnes grâces.
LE MARQUIS
Eien! mais quel avantage te promets-tu de tout cela?
LA MARQUISE
D'abord une bagatelle que nous allons paitagcr sur l'heure [elle tire une bourse).