ACTE II, SCÈNE II
LA MARQUISE
Crois-tu que mes vues se bornent à te procurer des montres, des bagues et des boutons d'acier. Je suis Iiabiluee à une vie cbétive, mais à de riches pensées; assez long-temps nous nous sommes contentés d'une existence misérable, il faut vivre maintenant conformément à notre état et à la dignité de nos aïeux; aujourd'hui, puisque l'occasion se présente, je ne veux point la laisser échapper, je veux sortir de la médiocrité.
LE MARQUIS
Mais , au nom du ciel , quel est ton plan ? comment est-il possible de l'exécuter?
LA MARQUISE
Ecoute-moi. Je fais croire au chanoine que la princesse désire avoir le collier, et en cela je ne blesse pas la vérité, car on sait qu^il lui a plu extraordinairement et qu'elle aurait une grande joie de le posséder. Je dis en outre au chanoine que la princesse désire acheter ce collier , et ;souhaite qu'il veuille seulement pour cela prêter son nom, qu'il conclue le marché avec les joailliers, fixe les termes, et paie le premier, dans tous les cas; qu'elle le dédommagera complètement , et regardera ce service comme un gage de sa fidélité et de son dévouement.
LE MARQUIS
Il faut qu'il soit bien aveuglé pour risquer autant.
LA MARQUISE
Il croit agir en toute sûreté. Aussi lui ai-je déjà adressé une lettre dans laquelle la princesse lui inspire de la sécurité.
LE MARQUIS
Chère femme^ cela est dangereux.
Fi donc! avec moi tu peux tout tenter. J'ai pris toutes mes précautions à Fégard des expressions et de la signature ; quand même tout viendrait à se découvrir, ne suis-je pas une branche indirecte delà famille du prince, aussi réelle que si elle était reconnue? Écoute ; le chanoine est maintenant plein de joie de cette confiance, il y voit une marque certaine d'un retour de faveur, et ne désire rien plus ardemment que de consommer la vente, et d'avoir le collier dans ses mains.
LE MARQUIS
Et le collier, penses-tu l'intercepter?
LA MARQUISE
Sans doute. Seulement, tiens-toi toujours prêt à partir. Aussitôt que le trésor sera en nos mains, il nous faudra en tirer parti. JNous rompons le bijou, tapasses en Angleterre, tu vends, tu échanges d'abord avec prudence les petites pierres ; j'y vais ensuite aussitôt que ma sûreté ne me permettra plus de rester ici 5 pendant ce temps là, je conduirai, j'embrouillerai si bien l'aifaire que le chanoine sera la seule dupe.