ACTE II, SCÈNE II
LE MARQUIS
C'est une entreprise hardie : mais , dis-moi , ne crains-tu pas de former un' pareil plan si près du comte, de ce grand magicien?
LA MARQUISE
C'est un grand fripon. Sa magie consiste dans sa finesse, dans son impudence. Il sait bien que je le connais^ nous réglons notre conduite sur les circonstances; nous nous entendons sans nous parler; nous nous secourons mutuellement sans en être convenus.
Mais les esprits qui l'entourent !
LA MARQUISE
Chansons !
LE MARQUIS
Les miracles qu'il fait !
LA MARQUISE
Contes !
LE MARQUIS
Tant de gens cependant ont vu....
LA MARQUISE
Aveugles !
LE MARQUIS
Tant de personnes croient....
LA MARQUISE
Sots !
LE MARQUIS
C'est trop universel^ tout le monde en est convaincu.
LA MARQUISE
Parce que tout le monde est simple.
Ses cures merveilleuses !
LA MARQUISE
Gliarlatanerie !
LE MARQUIS
Les tre'sors qu'il possède 1
LA MARQUISE
Il peut les avoir acquis comme nous projetons d'acquérir le collier.
LE MARQUIS
Tu crois donc qu'il n'est pas plus sage qu'un autre.
LA MARQUISE
Juge-le, si tu peux. Ce n'est point un coquin ordinaire. Il est aussi entreprenant et puissant que jusé^ aussi impudent que prévoyant j il dit les choses les plus sensées et les plus déraisonnables. La plus pure vérité et le plus vil mensonge sortent i'raterncllement de sa bouche. Lorsqu'il entreprend de vous vanter, il n'est pas possible de distinguer s'il vous regarde comme le meilleur des etres^ ou bien s'il est fou j et il faut moins que cela pour égarer Tesprit des hommes.