ACTE IT, SCÈNE V
LE COMTE
Marquise , marquise^ si je n'étais pas aussi indulgent /que de viendriez- vous ?
LA MARQUISE
Comment cela , monsieur le comte ?
LE COMTE
Si je n'étais pas si indulgent et si puissant tout ensemble? Vous êtes une espèce bien légère ! Combien de fois m'avez-vous supplié à genoux de vous faire pénétrer plus avant dans les mystères î n'avezvous pas promis de vous soumettre à toutes les épreuves, si je vous faisais voir le Grand-Coplite^ si je vous montrais clairement sa puissance sur les génies ? qu'avez-vous tenu ?
LA MARQUISE
Point de reproches ^ excellent comte , vous nous avez assez punis.
LE COMTE
Je me laisse fléchir. ( Après un moment de refleocion. ) Je vois bien que je dois procéder différemment j je dois^ en vous initiant d'une manière particulière , en vous communiquant les dons merveilleux que je possède, vous purifier et vous rendre capables de paraître devant l'Être admirable. C'est une opération qui, si elle ne réussit pas , peut nous être dangereuse à tous. Je suis bien plus satisfait quand mes élèves se préparent d'eux-mêmes : car alors je puis les introduire sans crainte dans le Goethe. I. ^4
5o LE GRAND-COPHTE.
commerce des esprits, comme des hommes métamorphosés.
LA MARQUISE
INe nous faites pas attendre plus longtemps : rendez-nous heureux dès aujourd'hui , si cela est possibk^. J'aime mieux m'exposer au plus grand péril y s'il ne doit durer qu'un instant , que me soumettre à un précepte sévère qui ^ pendant des mois, consume et mes jours et mes nuits.
LE COMTE
Vous voulez que tout soit pour vous facile et commode , et vous ne vous inquiétez pas combien ce travail maintenant devient difficile pour moi !
LA MARQUISE
Difficile ! je ne pensais pas que quelque chose pût être difficile pour vous.
LE COMTE
Difficile! amer! dangereux! croyez-vous qu'un commerce avec les esprits célestes soit une chose agréable 7 — On ne vient pas à bout d'eux comme de vous autres hommes avec un regard ou un geste. Vous ne faites pas attention qu'ils me résistent, qu'ils cherchent à me subjuguer, qu'ils épient chacune de mes actions pour me surprendre en faute. Déjà deux fois dans ma vie j'ai craint de succomber à leur puissance; aussi^ je porte toujours cette arme sur moi {il tire de sa poche un pistolet ), afin de me déUvrer de la vie si je venais à craindre de tomber dans leur dépendance.