‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 62 sur 221 · ACTE II, SCÈNE V. 5i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 5i

LA NIÈCïI au marquis. >

Quel homme! l'efFroi fait trembler mes genoux! je n'ai jamais entendu parler ainsi! ni de choses semblables ! je n'ai jamais songé à rien de pareil !

LE MARQUIS

Si vous pouviez connaître dés à présent les lumières et la puissance de cet homme ^ vous seriez frappée d'étonnement.

LA NIÈCE

Cet homme est dangereux ! j'ai peur , je suis troublée !

( Pendant ce temps le comte s'assied , et , immobile , fixe les yeux devant lui. ) LA MARQUISE.

OÙ étes-vouS;, comte? vous semblez absent d'esprit ! — Ecoutez-moi, de grâce! ( elle le saisit et le remue) qu'est cela ? 11 ne bouge pas ! comte, écoutezmoi!

LE MARQUIS s'approchant.

Vous êtes connaisseur en pierreries j combien prisez-vous cette bague? — Il a les yeux ouverts et ne me regarde pas.

LA MARQUISE le prenant encore par la main.

Il est roide comuie du bois j on dirait que la vie Ta quitté.

LA NIÈCE

Se serait-il évanoui! il parlait avec tant de chaleur! voici une odeur qu'on pourrait lui faire respirer.

Non, lion; il est assis droit sur son siège ; il n'éprouve aucune faiblesse.

LA MARQUISE

Paix! il fait un mouvement!

( Le marqnis et la nièce s'éloignenl de lui. ) LE COMTE, très haut et d'une voix animée, se levant soudain de son siège.

lci, arrête^ cocher ; je veux descendre ici !

LA MARQUISE

Où étes-vous^ comte?

LE COMTE poussant un profond soupir.

Ail ! — Voyez-vous? tel'est mon sort! — (pause ) Vous en avez sous les yeux un exemple. ( pâme ) Je puis bien vous le confier ! — Un ami qui vit en Anie'rique se trouva tout-à-coup en proie à un danger imminent; il prononça la formule que je lui ai apprise y alors je ne pouvais résister! mon ame fut enlevée de mon corps , et s'envola vers cette contrée. Eri peu de mots, il me fit part de sa demande; je lui donnai un conseil prompt ; maintenant mon esprit est de retour ici y attaché à cette enveloppe de terre qui, durant cet intervalle , était demeurée comme un bloc inanimé. — (^ pause) Le plus extraordinaire, c'est qu'il me semble toujours, lorsque cette absence se termine, que je vais en voiture prodigieusement vite, que je vois ma demeure et que je crie au postillon de s'arrêter au moment où il va passer outre. — jN'ai-je pas fiût entendre un cri de ce genre?

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