‹ Œuvres dramatiques de J.W. GoetheChapitre 91 sur 221 · ACTE III, SCKNE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCKNE IX

LE COMTE

Oui^ 1 eg^ardez ici : le soleil le plus ardent, la neige la plus mordante ne peuvent rien sur cette tête. En étendant ce bras désarmé , j'ai, dans les déserts de la Libye , arrêté un lion affamé et rugissant ; cette voix qui vous parle l'a forcé de venir à mes pieds apporter ses caresses j il reconnut son maître, et je pus ensuite l'envoyer à la chasse, non pas pour moi qui abhorre les mets qu'on obtient par le sang , et fais à peine usage des alimens terrestres ; mais pour mes élèves , pour les peuples qui s'assemblaient souvent , dans les déserts , autour de moi. J'ai laissé le lion a Alexandrie : à mon retour en cette ville, je trouverai en lui un compagnon fidèle.

LE CHANOINE

Les autres maîtres de ta société ont-ils reçu du ciel des dons aussi précieux que toi ?

LE COMTE

Les dons sont diversement partagés j nul ne peut dire qu'il soit le plus grand.

Le cercle de ces grands hommes est-il limité, ou peut-on être admis à leur nombre ?

LE COMTE

Cette faveur serait possible à beaucoup, mais elle réussit peu ; les obstacles sont trop grands.

LE CHANOINE

Pour que ton apparition ne nous rende pas plus

94 LE GRAND-GOPHTE.

malheureux que nous n'étions auparavant , donnenous au moins un but vers lequel nous puissions diriger notre attention et nos efforts.

LE COMTE

C'est mon projet. — Après toutes les épreuves que vous avez subies, il est juste que je vous fasse faire un pas en avant ; que je place en vos mains comme une boussole qui vous indique le point où vous devez diriger votre marche, — Ecoutez.

LE CHANOINE

Je suis tout oreille.

LE CHEVALIER

Mon attention ne peut être plus forte.

LE MARQUIS

Je suis plein de curiosité.

LA MARQUISE

Que va-t-il dire?

Quand l'homme n'est pas consent de ses forces naturelles, il soupire après quelque chose de plus parfait y il désire quelque chose de plus élevé : s'il songe à acquérir par degrés une santé inaltérable ^ une longue existence , une richesse inépuisable , l'affection des hommes , l'obéissance des animaux , même du pouvoir sur les élémens etles esprits, il ne le peut sans une profonde connaissance de la nature. Je vous ouvre la porte qui conduit à ce but. Les plus grands secrets, les pouvoirs les plus étendus et les

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