DON AL0N80, TELLO, DONA INÈS
DONA INÈS, à don Alonso, Pardonne-moi, si je t'ai fait de 1^ peine.
PON ALONSO. — C'est peu de chose, quand je voi^ que tu prépares ta mort et la mienne. Ahl Inès! qui t'a conseillé un si brusque remède à nos peines, à nos disgrâces?
PONA INÈS. — L'amour, dans le péril, donne à l'âme des lumières qui font apercevoir les remèdes possibles.
DON ALONSO. — Quoi! c'est là un remède possible?
DONA INÈS. — C'est le seul à ma disposition pour empêcher que Rodrigue ne parvienne à ses fins. A mal prochain, délai est le remède. L'appel d'un jugement laisse toujours de l'espoir,
TELLO. — Elle a raison, monsieur. Pendant que dona Inès apprendra à chanter et à lire, vous pourrez vous arranger pour obtenir la consécration de l'Église, Il n'y a que ce moyen d'empêcher que Rodrigue ne se prévale de la parole qu'il a reçue de don Pedro. Il ne saurait tenir à offense que dona Inès le refuse pour le parti qu'elle dit vouloir adopter. Ce sera d'ailleurs un excellent moyen pour me permettre d'aller et venir à mon aise dans la maison.
DON ALONSQ. — A toD aisel Comment cela?
4 . Lope avait eu à soutenir la même lutte contre une résolution semblable de sa fille Marcelle, résolution plus sérieuse que chez Inès.
238 LE CAVALIER D'OLMEDO.
TELLO. — Puisqu'elle a besoin d'apprendre à lire le latin, est-il bien difficile que ce soit moi qui devienne son ' maître? — Vous verrez avec quelle dextérité je lui enseignerai à lire vos billets.
DON ALONSO. — Ahl que tu as bien trouvé le remède à mes maux t
TELLO. — Je crois de plus que Fabia pourra fort bien être mise au service dlnès, sous couleur de la sainte personne qui est nécessaire pour la former.
DONA INÈS. — A merveille! Fabia me donnera des leçons de bonnes mœurs et de vertu.
TELLO. — Je réponds de l'institutrice.
DON ALONSO. — Mou bien, amour est une douce matière pour ne pas sentir les heures qui volent si vite pour les amants. Je crains que le jour ne nous surprenne^, et qu'on ne me voie sortir d'ici, ou que je ne sois contraint de rester. Ahf que cette nécessité me serait douce! — Médina, à la Croix de Mai ^ célèbre sa plus grande fête : j'ai à faire mes préparatifs, car le jour des courses je veux paraître en bel équipage sous tes yeux. D'ailleurs, on m'écrit de Valladolid que le roi don Juan doit y assister. Le connétable l'engage à prendre ses ébats pour recouvrer la santé, dans les montagnes de Tolède, et il lui demande d'honorer Médina de sa présence à son retour. Il est convenable que la noblesse du pays lui fasse cortège. — Le ciel te garde, mon bien.
DONA INÈS. — Un moment : il faut que je descende pour ouvrir la porte.
DON ALONSO. — 0 lumière! ô stupide aurore, jalouse du bonheur de tous les amants !
TELLO. — Ne craignez pas que le matin vous surprenne.
DON ALONSO. — Comment cela?
TELLO. — Il fait déjà jour.
DON ALONSO. — Tu as raisoD, si tu veux parler d'Inès. Mais, comment peut-il faire jour, Tello, quand le soleil se couche?
(Ils sortent.)