‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 132 sur 226 · DON PEDRO, DONA INÈS, DONA LEONOR · texte numérisé non relu

DON PEDRO, DONA INÈS, DONA LEONOR

DON PEDRO. — Ne sois' pas si obstinée.

DONA INÈS. — Rien ne pourra vaincre ma résolution.

DON PEDRO. — Ma fille, y songes-tu? Empoisonner ainsi ma vie? Rien ne te presse...

DONA INÈS. — Seigneur, qu'importe ce brun vêtement, si je ne dois plus le quitter?

DONA LEONOR. — Tu CS follc.

DONA INÈS. — Laisse- moi, Leonor.

DONA LEONOR. — Garde au moins ta toilette pour assister aux fêtes.

DONA INÈS. — Qui soupire après d'autres parures n'a guère de goût pour celles-ci. Les célestes parures sont désormais ma seule ambition.

DON PEDRO. — N'est-ce pas assez que je le veuille?

DONA INÈS. — Eh bien, je vous obéirai.

(Entre Fabia avec un rosaire, un bâton et des lunettes.)

FABiA. — Que la paix soit dans cette maison.

DON PEDRO. — Et qu'elle y entre avec vous.

FABIA. — Qui de vous est la senora dona Inès, qui s'apprête à recevoir le Seigneur pour époux. Qui est celle qu'a déjà choisie cet époux divin, et qui la touche ainsi en secret, comme sa bien-aimée?

DON PEDRO. — La voici, honorable mère; et moi, je suis son père.

FABiA. — Soyez-lé encore de longues années, et puisset-olle voir bientôt le maître que vous n'apercevez pas* : bien que j'espère au Seigneur qui, dans sa bonté, vous persuadera d'accepter cet époux, lequel est un bien noble chevalier.

DON PEDRO. -— Très-noble, oh! oui, ma mère.

FABIA. — J'ai su que l'on cherchait quelqu'un dans le but de morigéner la verte jeunesse d'Inès, de la diriger, de lui indiquer les sentiers du Seigneur, de la soutenir, en sa qualité de novice, dans le chemin de l'amour. Je me suis mise en prières, et j'ai senti un mouvement qui me poussait à venir "m'offrir pour cet office, bien que pécheresse indigne.

DON PEDRO. — Voilà, mon Inès, la femme qu'il te faut.

DONA INÈS. — Oui, voilà bien celle qui m'est en ce moment nécessaire. — Embrassez-moi, ma mère.

FABiA. — Tout doux, s'il vous plaît; vous appuyez sur mon cilice.

DON PEDRO. — Non, jamais je ne vis pareille humilité.

DONA LEONOR. — Elle portc écrits sur son visage les sentiments qui sont dans son cœur.

î . Les paroks de Fabia sont ici à double entente.

242 LE CAVALIER D'OLMEDO.

FABiA. — Ohl quelle beauté! quelle grâce! Que tant de noblesse élégante obtienne ce que je souhaite, et, de plus, tna bénédiction. — Avez-vous un oratoire?

boNA INÈS. — Mère, j*en suis à mes premiers pas dans le chemin de la perfection.

FABIA. — Étant grande pécheresse, je ne suis pas bien rassurée du côté de votre père.

DON PEDRO. — Je ne mets plus d'obstacle à sa sainte vocation.

FABIA. — C'est en vain, infernal dragon, que tu prétends la dévorer. Ses noces n'auront pas lieu à Médina: le monastère est à Olmedo. Domine^ s'il est possible, ad juvandum me festina,

(Entre Tello en costume d'étudiant.)

TELLO, dans la coulisse. — S'il est avec ses filles, je sais qu'il ne sera pas fâché de me voir. (// entre et salue.) Voici le maître que vous cherchez, seigneur don Pedro, pour l'enseignement du latin et du reste. Vous saurez que l'on m'a dit à l'église que vous cherchiez un étudiant; car, déjà s'est répandu le bruit de la pieuse résolution de madame. N'étant pas du pays, je suis venu moi-même vous oiBfrir mes services, supposé que j'en sois capable*

DON PEDRO. — J'en suis persuadé. Tout s'accorde, je le vois, et la volonté du ciel est manifeste. (A Inès.) La mère peut demeurer à la maison, et ce jeune homme viendra pour te donner leçon. Arrangez cela toutes deux, jusqu'à mon retour. (A Tello.) D'où es-tu, mon brave?

TELLO. — De Galahorra, seigneur.

DON PEDRO. — Ton nom?

TELLO. -* Martin Pelaez.

DON PEDRO. — Tu dois être parent du Cid^ : et tu aa éittdié...

TELLO. — A la Corogne^, où j'ai pris le grade de bachelier.

DON PEDRO. — Avez-vous pris les ordres?

i . Ce nom est en effet celui de Fun des compagnons du héros castiUan. Voy. le Romancero au Cid.

Page 1