SCÈNE III
Passage donnant sur la place d'Olmedo.
PEUPLE, puis DON FERNAND et DON ALONSO.
(On entend du bruit et des cris à Pintérieur.]
UNE VOIX, à tintérieur. — Ah! voilà don Rodrigue par terre I
DON ALONSO, à V intérieur, — Place! place!
UNE AUTRE VOIX. — Avcc qucl entrain, quel courage don Alonso vient à son secours !
LA PREMIÈRE VOIX. — Voilà dou Alouso qui met pied à terre.
LA DEUXIÈME VOIX. — Quels vaillauts coups d'épée!
LA PREMIÈRE VOIX. — Il a mis le taureau en pièces.
(On voit paraître don Alonso soutenant don Rodrigue.)
DON ALONSO. — J'ai là un cheval. Les nôtres courent épouvantés dans l'arène. Courage!
DON RODRIGUE. — Je VOUS dois la vie ; rude a été ma chute.
DON ALONSO. — Vous uc pouvcz OU cot état rentrer dans la place. Mes serviteurs sont à vos ordres. Moi, j'y rentre
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de nécessité, parce que je tiens à reprendre le cheval que j'y ai laissé.
(Il sort.) (Entre don Feman<î.)
DON FERNAND. — G'est VOUS, Rodrigue, et seuil — Qu'est-il arrivé? Qu'avez-vous?
DON RODRIGUE. — Maie chute, mauvais succès, mal partout! et pour surcroit, être redevable de la vie à l'objet de ma haine, à l'homme dont je souhaite la mort.
DON FERNAND, — Sous les yeuxdu Roi! et il faut qu'Inès ait vu son heureux amant mettre en pièces le taureau pour ifous délivrer.
DON RODRIGUE. — J'en perdrai la raison. Non, l'univers entier ne possède pas un homme aussi malheureux. Que d'affronts , que de peines, que d'outrages, que d'ennuis, que d'injures, de mouvements jaloux, d'espérances, à peine formées aussitôt déçues 1 Je levai les yeux sur Inès, pour voir si ce visage que j'adore, insensé, malgré son ingratitude, manifestait quelque intérêt pour moi en ce terrible moment... Néron ne regarda pas d'un œil plus insensible l'embrasement de Rome; bientôt au contraire la pourpre délicate de l'œillet vint colorer pudiquement le jasmin de son visage, quand son regard rencontra celui d'Alonso, et les perles de sa bouche souriante lui exprimaient le plaisir qu'elle avait de me voir étendu à ses pieds, mal venu de la Fortune, réduit à envier celle de mon heureux rival. Mais, avant que le soleil ne réjouisse l'Orient, en semant dans les airs une poussière d'atomes d'or, je jure que les gémissements succéderont au sourire, si je parviens à rencontrer ce petit gentilhomme superbe entre Médina et 01medo.
DON FERNAND. — Il saura veiller à sa sûreté.
DON RODRIGUE. — Vous uc coDuaissez pas la jalousie.
DON FERNAND. — Qui ne Sait qu'elle est capable de tout? Mais tout ce qui a beaucoup d'importance demande une mûre réflexion.
(JIb sortent.)
258 LE CAVALIER D'OLMEDO.