SCÈNE II
tJiie rue devant la muisoii dd do& Pedto. TELLO et ensuite FABIA;
TËLLO. — Voilà qui est résolu. J'arrive; j'appelle. -=- Holà! Fabial — Mais, je suis un nigaud, elle saura bien que j'aime l'or et que je n'aime guère les rides. Je sais quelqu'un qui le Jui dira : c'est celui qui a des pattes de coq*.
FABIA, sortant de la maison, — Jésus! Tello; toi ici*? La belle manière de servir don Alonso? — Qu'est-il arrivé f Qu'ya-t-il?
TELLO. — Ne trouble point ce vénérable visage... C'est
4 . Kouvel emprunt fait à la Célestine, et ce n'est pas le meilleur. % Le diable, que l'on représente quelquefois ainsi.
pour toi me je viens; c'est pour te voir que j'anticipe sur 1 heure d une commission que m'a donnée don Alonso.
FABiA. — Comment s'en est-il tiré?
TELLO. — A merveille, car je l'accompagnais.
FABIA. — Impudent fanfaron!
tELLO. -- Demande au Roi lequel dé nous deux a le mieux fait. Toutes les 'fois que je passais, Sa Majesté se jetait hors du balcon pour me voir.
PABiA. — Rare faveur.
TELLO. — Je serais plus sensible aux tiennes.
FABîA. — Oh f le plaisant museau !
TELLO. — Tant de beauté suffirait pour faire de moi un Roland. Les taureaux de Médina? moi!... du revers de mon épée, je leur coupais les jarrets avec un entrain, une façon telle, qu'au milieu du transport général, un des taureaux me dit : Assez, seigneur Tello, grâce. — Non pas, s'il vous plaît, répondis-je; et, d'une estafilade, je fis voler sa jambe jusque par-dessus les toits.
FABiA. — Coml3ien as-tu cassé de tuiles?
TELLO. — Gela regarde le propriétaire, et non pas moi» — Préviens ta maîtresse, Fabia, que le jeune cavalier qui Tadore viendra ici prendre congé d'elle. Il ne peut se dispenser de retourner chez lui, de peur que se» parents ne le regardent comme mort; ne va pas l'oublier. — Cependant, la fête continue sans moi; et comme le Roi doit regretter mon absence (car je suis constitué son tauricide), je vais par mes prouesses recueillir applaudissements et bravos, si tu veux bien m' accorder quelques faveurs*
FABIA. — Quelques faveurs, moi?
TELLO. — Récompense enfin mon amour.
FABIA. -^ C'est donc moi qui suis l'inspiratricô de tes hauts faits? Vraiment, je ne savais pas. — Qu'est-ce en moi qui te plaît le plus?
TELLO. — Tes yeux.
I^ABiA. — Eh bien, je vais te donner mes lunettes.
TELLO. — Je suis un davalier vigoureux, ma Fabla, et j'ai fait mes preuves.
FABIA. — Songe à te bien comporter là-bas, et prends garde que quelque enfant de saint Luc ne te fasse sauter
256 L£ GAYALIER D*OLMEDO.
les grëgues. — Il serait assez comique, mon cher Telle, qu'à la vue de tout le monde, un taureau t'ôtât la chemise.
. TELLo. — J'aurai l'œil ouvert, et d'ailleurs mes aiguillettes protégeront ma pudeur.
FABiA. — D'un beau secours sont les aiguillettes contre les cornes d'un taureau.
TELLO. — Les taureaux ne me font pas peur.
FABIA. — Ceux de Médina se montrent féroces, parce qu'ils ont de la rancune contre les pages d'Olmedo.
TELLO. — Comme tant d'autres, ils n'ont pas tenu devant le bras d'un Espagnol.
FABIA. — Prends garde à un coup de soleil comme tu n'en as jamais reçu.
(Ils sortent.)