‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 150 sur 226 · FLEUR DE LYS, BELERME · texte numérisé non relu

FLEUR DE LYS, BELERME

FLEUR DE LYS. — La joie générale te trouve bien triste, Belerme, serait-ce que tu es indisposée? Viens au balcon, chère cousine, tu verras Paris dans une liesse telle, qu'il voudrait voir les pierres participer à sa joie. Il y a tant de cavaliers qui entrent au palais, qui en sortent, que la terrasse en est toute remplie. Des groupes animés se forment dans les rues, sur les places. On ne voit que préparatifs; tout a un air de fête. Quand tout le monde est dans la joie, ma chère cousine, ne demeure pas ainsi à t'attrister.

BELERME. — Qucl cst douc Ic sujct dc ccttc allégressc?

FLEUR DE LYS. — Ce sont Ics Goths, c'est l'invincible nation espagnole qui reconnaît aujourd'hui nos lois, et qui proclame Charlemagne roi de Saragosse et de Léon. Ces fêtes sont le préliminaire du départ pour l'Espagne. Viens, pour ta vie, te mêler aux dames déjà toutes prêtes et parées. Tu verras Durandart, le plus galant chevalier qu'ait eu la France.

BELERME, à part. — Je me meurs. [Haut,] Oui, ma cousine, je vais t' accompagner. — Durandart est-il donc aussi brillant que tu le dis? Il doit bien porter la parure.

FLEUR DE LYS. — Je dis quo nul ne lui sera comparé, fûtce même Roland.

BELERME. — Ou dirait. Fleur de Lys, que tu le trouves à ton goût.

FLEUR DE LYS. — Et toi? NOU?

BELERME. — Moi aussi.

(Entrent Durandart et Montesînos.)

DURANDART, à part. — Elle était seule, dis-tu ?

MONTBSiMOs. — Seule; mais je vois avec elle maintenant celle qui est ma vie.

BELERMB. — Enfin, tu le trouves 'bien.

FLBuR DE LTS. -^ Mieux que je ne saurais dire.

BELERME. — . Il t'aimc, peut-être.

FLEUR DE LYS. — Il ne m'exprime pas de dédain.

BELERME. — Par ma vie, que te dit-il? T'écrit-il?

FLEUR DE LYS. — Nous n'en sommes pas encore là.

BELERME, à part. — J'ai éclairci mes doutes aux dépens de mon bonheur : il y a toujours dans cette opération plus d'inconvénients que d'avantages.

MONTESiNOs. — Le ciel nous ménage un accès facile. Va, mon cousin, et dis à mon bien le plus cher tout ce que tu connais de mes maux.

DURANDART. — Tu pourras aux mêmes conditions venir à mon secours. Je te charge de dire à Belerme les secrets de mon cœur, et que ses beaux yeux me font mourir.

BELERME. — Ah! Duraudart...

nuRANDAHT. — 0 mon cher bien \

FLEUR DE LYS. — Moutesinos!

DURANDARt. — Pourquoi le dédain que je lis dans ces yeux célestes?

BELERME. — Fleut de Lys vous le dira.

(Sort Belerme.)

MGNTBsnios. — Il doit y avoir un peu de jalousie... Que lui as-tu fait? Elle s'en va toute triste.

DURAîiDARi?. — * Fleur de Lys, savez-vous pourquoi Be^ lerme est partie me laissant affligé et irrité? Dites> si vous le savez, le motif de ma disgrâce?

FLEUR DE LYS. -* Vous l'aimcz trop; c'estj je crois, la meilleure raison. Une femme, qui se voit aimée, devient irritable, susceptible; sa passion la trouble. Elle m'a bien demandé si je vous aimais de mon côté, et si vous aviez quelque affection pour moi.

DURANDART. — Et qu'avez-vous répondu?

FLEUR DE LYS. — Quc c'était la vérité.

DURANDART. — Mais VOUS l'avcz trompée, vous m*avez perdu...

FLEUR DE LYS» — Nullement; j'ai piqué son amour^propre>

et l'ai obligée à me laisser. La femme la plus indifférente change le dédain en amour, en voyant aimé d'une autre celui qui Taime, et se prend alors à l'aimer.

DURANDART. — Je suis seusiblc, belle Fleur de Lys, à la faveur que vous me ftiites; mais 1 amour véritable n'a pas besoin de ces fictions. Une affection vraie ne demande qu'à paraître dans sa simplicité. Si donc vous me tenez en quel- \ que estime, soyeï assez bonne pour aller trouver celle qui est ma vie, et pour la détromper de son erreur.

FLEUR DE LYS. — Très-volouticrs.

(Sort Fleur dé Lya.)

DURANDART. — Ma tristessc est extrême; c'est moi qui perds à tout ceci^

MONTEsmos. — C'est bien plutôt moi.

DURANDART. — Qu'avcz-vous à regretter en ceci?

MONTEsiNos. — Quc vcut dire cette folie imaginée par Pleur de Lys? La jalousie me brûle, cousin, et si je ne vous aimais comme je vous aime, un coup de lance serait bientôt donné.

DURANDART.'— Vous u'aurcz poiut à vous plaindre de moi. Soyez sûr que je n'ai fourni aucun prétexte à Fleur de Lys, et c'est à grand tort que vous m'en voudriez. En vérité, j'ai bien trouvé l'instant de mon repos, si je m'occupe à vous consoler, quand j'ai besoin de consolation moi-môme I

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