SCÈNE IV
Entrent ROLAND, RENAUD, OLIVIER et DUDON*
ROLAND. — Tout est réglé comme cela.
RENAUD. — Où est la place de Dudon?
DUDON. — Dans la salle de Vermontj il y a là plus d^espace.
ROLAND. — Seigneurs chevaliers...
DURANDART. — Tout cst-il terminé?
RENAUD. — Olivier n'est pas entièrement satisfait sur la
4 . Ces sentiments raffinés sont bien peu en harmonie avec les rudes personnages que Tatitettr met en scène. Voy. notre Chanson de Roland.
question des couleurs, mais je lui ai conseillé de paraître avec vous.
OLIVIER. — Très-volontiers, si je devais paraître au tournoi, mais mes amours sont d'avis contraire.
DUDON. — Vous êtes peut-être offensé de ce qu'il prend vos couleurs.
ROLAND. — Messieurs, ce n'est pas le moment de se demander s'il y a eu offense ou non. Prends les miennes, Olivier, et celles de tous les autres, mais finis-en.
ouviER. — Je ne parlais ni de couleurs, ni d'offense qui m'ait été faite : dans l'univers entier, je n'ai d'offense à recevoir de personne.
DURANDART. — Et moi, Olivicr, j'en accepte de tout le monde. Qui que ce soit qui prétende s'égaler à moi, ma valeur saura l'en empêcher.
OLIVIER. — Je suppose que tu as oublié le propos que tu as tenu dans la grande salle. Dans ta fureur pleine d'arrogance, tu as prétendu que tu porterais les trois couleurs qui m'appartiennent, nonobstant le monde entier. Eh bien, je suis de ce monde, moi, et pas si éloigné de toi que si j'ai souffert là-bas ce propos, je consente à le tolérer ici.
ROLAND. — Laissons tous ces enfantillages! Savez-vous que vous parlez devant Roland?
RENAUD. — Tu n'es pas ici le seul brave. Pas tant de bruit, je t'en prie.
ROLAND. — Et tu es de ces braves, toi?
RENAUD. — Je m'en flatte.
ROLAND. — Tellement brave?
RENAUD. — Tu t'en es aperçu quelquefois.
ROLAND. — J'aime à t' entendre faire ton éloge toi-même.
RENAUD. — Crois-tu que je vais m'humilier devant toi?
OLIVIER, à Durandart, — Tu commences à m'ennuyer.
DURANDART. — Ici OU aillcurs, je suis prêt.
OLIVIER. — C'est bien; pas de bruit. Durandart, je te défie en champ clos; et si tu te réjouis maintenant d'avoir obtenu les couleurs que tu préfères, il pourra advenir que le noir se mêle à ces couleurs.
DURANDART. — Un momcut; je te suis.
DUDON. — Tu t'es montré quelque peu excessif.
JOUtlîïÉË t, SCêîïfe V. 289
ouRANDARï. ^ FttuWl doîic lout supporte!» d'an extravagant?
ntjboîf. -*- C'est mal parler devant moi. Je suis parent d'Olivier; tu as un ami, joins-y encore quelqu'un de ta parenté, superbe; je sors, et nous allons vous attendre.
MONïËSîNOS, à Dudon qui s'éloigne. — fiudon, il y a peu de sens k parler ainsi en présence de Montesinos. Allez, vous ne nous espérerez pas longtemps.
(Sortent Durandftrt et Montesinos.)
rolaNd» — Renaud, je Inavoué que je t'honore comme chevalier, mais tu t'es montré orgueilleux et outrecuidant à l'excès. Sais-tu que je suis Roland? Grains mon indignation, mon courroux.
RÈNÀUD. — Sais-tu que je suis Renaud, le seigneur de Montauban?
ROLAND. — Eh bien, suis-moi.
RENAUD. — Si tu sors, tes pieds te seront nécessaires*
ROLAND. — D'un revers, j'abattrais dix hommes comme toi^
« (Ils sortent.)