‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 159 sur 226 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Le camp espagnol.

Entre BERNARD^ suivi d^écuyer$ qui se pfiparëhi à Vaiinièt,

BBRNARD. — Yeillez à me bien armer.

UN ÉcuYBR. — Il ne manque pas un point.

BERNARD* —- Approchez un siége^ et que tou4 le monde se retire I

L* ÉCUYBR. — Le voici.

BBRKARD. -^ Le jout de la bataille» j'ai pour habitude de me reposer ainsi tout armé» Permet; la pdrte de itia tente«

iiBS ÉGt^T&RB^ '»' Dort&ez bien.

(Us B6 retirent.)

BBHNARD* -^ Non^ cftr en moi veille le soueii cet etinemi du sommeil* Certes^ il est accabknt de res^hsabilM le dessein que je médite^ et cependant je ne puii» résister à la force de l'habitude^ Bernard^ voici venue l'occasion où les armes vont décider du sort de TEspagne, ta mère bien-^ftimée. Fasse le ciel qu'elle ne tomb^ pas ail pouvoir d'un roi, d'un maître étranger 1 Singulière puissance du sommeil : vainement je veux lutter contre lui» il m'accabte» II est plus simple d'y céder*

(U s'enddft, et l'ott ttHi t>]lraifaré CiMtiUe et Lébn, tétiftHt tk lu tîHtîn l«ttr bmmiàre»)

LÉoîi. — Ma sœur, voici le flaoment favdfabte polir faire appel à notre champion.

BfiRNAM) endormi, -^ Fantômes vains, que me voulé*-

VDUS?

GASTiLLE. -^ Je suis Castille.

tÉ0!f . -^ Je suis Léon.

BERNARD. — Eh Wcn, pflrleî, qae detnatidéi-vous ?

cASTiLtÉ. -«-• Noos te demandons de nous protéger, de nous préserver de dommage.

BERNARD. — En suis-jc Capable?

GASTiLLBi — « Oui. 0 oienheureux adolescent^ race du Vaillant Pelage, dont l'éloquence et la poésie devraient ftiire vivre à jamais les exploits, je viens, magnanime Bernard,

moi, rinfortunée Castille, je viens à tes pieds l'implorer. Préserve-moi de la honte de tomber aux mains d'un prince étranger. Car le jour est arrivé où, par la faute d'Alphonse le Chaste, je vais devenir la proie de Charlemagne, si tti ne viens à mon secours.

LÉON. — Non, le Ciel ne le permettra pas. Castille, rassure-toi, apaise tes plaintes. Les siècles à venir se découvrent devant moi. Je vois se dérouler une longue suite de monarques. Après Alphonse le Chaste, Ramire, Ordono et Alphonse le Grand; puis Garcia, un autre Ordono et Fruela que déposeront ses vassaux pour donner à Castille des juges : Nuno Rasura et Laïn Calvo, souche de l'illustre maison des Mendoza. Je vois le premier Fernand, contemporain du Cid, — du Gid, la terreur des enfants de l'Afrique ; Sanche et cet autre Alphonse, surnommé l'empereur*, Sanche, fondateur de Calatrava, Ferdinand le Pieux, Alphonse le Sage, Sanche le Brave, le renommé, Pierre le Cruel, Henri, le catholique Ferdinand, et la fameuse Isabelle, lune claire et phénix rare. De leur fille, unie à Philippe d'Autriche, sortiront, pour la gloire éternelle de l'Espagne, Charles-Quint, père de l'invincible Philippe, et un autre Philippe, son fils, destiné à être la terreur du monde ^. — Quant à toi, heureux jeune homme, tu auras pour épouse la sœur de Constantin, cette Hermelinde qu'amènera à Tolède l'illustre Paléologue. Puis, dans la suite des temps, le château de Carpio deviendra l'héritage de la maison de Tolède. Cette fameuse forteresse, bâtie sur les rives de la Tonnes, appartiendra aux ducs d'Albe, les Fadriquej les Garcia, les Fernand, tous vaillants chevaliers et capitaines chrétiens, sortis de ta tige. Que de biens nous sont promis , ma sœur, et comment la France pourrait-elle arrêter le cours immuable des destinées! Aux armes, Bernard, éveille-toi; aux armes!

(Castille et Léon disparaissent.)

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